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Après les attaques du 25 avril, Africa Corps a publié des vidéos tournées depuis une caméra embarquée lors des combats autour de l'aéroport de Bamako. Analyse d'une stratégie de communication inédite en Afrique.
Publié le 4 mai 2026 à 11:01 UTC+0

À Bamako, la guerre ne se limite plus au terrain. Elle se gagne aussi à coups d’images, de vidéos embarquées et de séquences soigneusement publiées pour influencer la perception du conflit.
Depuis les attaques coordonnées du week-end dernier au Mali, Africa Corps, le groupe russe qui a pris le relais de Wagner, multiplie les vidéos sur ses réseaux. On y voit des frappes aériennes, des tirs depuis un hélicoptère et des combattants en action, dans une mise en scène qui tranche avec sa communication habituellement discrète.
L’intérêt de ces vidéos ne tient pas seulement à leur contenu, mais à ce qu’elles révèlent. BBC Verify a localisé plusieurs séquences dans la ville de Kati, à une vingtaine de kilomètres de Bamako, près d’un site militaire stratégique. Frontières d’Afrique, de son côté, indique que certaines images montrent une base jouxtant l’aéroport de Bamako-Sénou, avec des soldats maliens et russes en position défensive.
Cette précision compte. Elle donne à voir une armée sous pression, mais aussi une force qui veut montrer qu’elle tient encore la capitale et ses abords.
Le moment choisi n’est pas anodin. Africa Corps a reconnu son retrait de Kidal après une offensive qui a rebattu les cartes dans le nord du pays, alors que des combattants séparatistes affirmaient avoir repris le contrôle de la ville. Dans ce contexte, les vidéos diffusées depuis Bamako servent de contre-feu narratif : elles disent aux Maliens, aux alliés russes et aux adversaires que la bataille n’est pas terminée.
Le message vise aussi les critiques internes. Sur les réseaux sociaux maliens, la passivité supposée des supplétifs russes a nourri les accusations. Montrer les combats devient alors une réponse politique autant que militaire.
Mais filmer la guerre, c’est aussi prendre un risque. Des vidéos trop précises peuvent exposer des positions, des méthodes et des axes de mouvement à l’ennemi. Le bilan reste par ailleurs lourd, avec des pertes signalées dans plusieurs zones, et BBC rapporte que les affrontements ont accompagné une séquence de repli russe à Kidal.
Au Mali, l’image n’est donc plus un simple récit de guerre : elle fait partie de la guerre. Et à l’échelle de l’Afrique, ce glissement annonce un futur où chaque acteur armé produira sa propre vérité visuelle, entre propagande, preuve et intimidation.
En 2050, le continent sera peut-être moins défini par ceux qui occupent le terrain que par ceux qui savent le raconter. Et dans cette bataille-là, qui contrôlera vraiment le récit ?
Source image de couverture : AFP
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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