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Le 12 mai 2026, au terme du sommet Africa Forward à Nairobi, Emmanuel Macron a annoncé 23 milliards d'euros d'investissements pour l'Afrique. Il se proclame « vrai panafricaniste ». Pendant ce temps, le Mali, le Burkina et le Niger boudent la salle.
Publié le 13 mai 2026 à 09:45 UTC+0

Il y a des phrases qui méritent d'être pesées longuement avant de les prononcer. Quand Emmanuel Macron déclare devant les chefs d'État africains réunis à Nairobi « Nous sommes les vrais panafricanistes », il ouvre une boîte de résonance dont les échos ne s'éteignent pas de sitôt.
Le sommet Africa Forward, organisé les 11 et 12 mai 2026 dans la capitale kényane, est le premier sommet France-Afrique organisé dans un pays anglophone.
C'est un symbole fort, voulu par l'Élysée pour signifier que Paris regarde désormais l'Afrique tout entière plutôt que son seul ancien pré carré francophone. Le président kényan William Ruto a co-présidé l'événement et n'a pas manqué de saluer son homologue français comme « le seul dirigeant du G7 qui parle la langue des Africains ». Une formule qui a flatté Paris et amusé nombre d'observateurs africains.
Le chiffre annoncé est colossal : 23 milliards d'euros d'investissements, dont 14 milliards d'engagements strictement français, publics et privés mélangés, et 9 milliards en provenance d'entreprises africaines.
La répartition sectorielle dit beaucoup des priorités françaises sur le continent. La transition énergétique arrive en tête avec 4,3 milliards d'euros. Le numérique et l'intelligence artificielle suivent avec 3,76 milliards.
L'économie bleue, ce vaste chantier des ressources maritimes, mobilise 3,3 milliards. L'agriculture reçoit 1 milliard. La santé est dotée de 942 millions d'euros, l'industrialisation de 300 millions et le secteur bancaire de 250 millions. Au total, Macron promet que ces engagements créeront « plus de 250 000 emplois directs en France et en Afrique ».
La journée du 12 mai a vu une trentaine de PDG africains et français, dont les dirigeants de CMA CGM, Orange, Equity Bank et TotalEnergies, échanger avec les responsables politiques sur l'industrialisation et la transition énergétique. La veille, l'armateur CMA CGM avait déjà signé avec le gouvernement kényan un accord stratégique de 700 millions d'euros pour les infrastructures logistiques du pays.
Macron a également prononcé des mots rares dans la bouche d'un chef d'État français devant un public africain : « L'Afrique a besoin d'investissements plutôt que d'aide publique. Cela tombe bien car, pour être honnête, nous n'en avons plus vraiment les moyens non plus. » Un aveu de contrainte budgétaire habillé en discours de rupture.
Mais l'ombre au tableau est visible depuis la salle : les représentants du Mali, du Burkina Faso et du Niger n'étaient pas là. Ces trois pays, membres de l'Alliance des États du Sahel, ont rompu leurs relations diplomatiques avec Paris et expulsé les forces militaires françaises de leurs territoires.
Au moment même où Macron prononçait son discours, l'ex-Premier ministre malien Choguel Maïga publiait depuis sa cellule de détention à Bamako un communiqué répondant point par point aux déclarations françaises. Et Macron lui a répondu publiquement depuis Nairobi, transformant ce sommet en un étrange duel épistolaire entre un président en exercice et un prisonnier politique.
La vraie question posée à Nairobi n'est pas celle des 23 milliards. C'est celle-ci : un sommet sans le Sahel peut-il prétendre représenter l'Afrique ? Et des investissements annoncés dans des conférences de presse peuvent-ils changer la vie des Africains qui ne savent toujours pas si leurs enfants auront de l'électricité demain ?
En 2050, ce sommet sera jugé non pas sur les chiffres annoncés mais sur les réalités concrètes qu'il aura produites. L'histoire des sommets franco-africains est parsemée de promesses similaires. L'Afrique a appris à compter les actes, pas les euros.
Les 23 milliards vous convainquent-ils que quelque chose a vraiment changé dans la relation France-Afrique ? Ou s'agit-il du même vin dans de nouvelles bouteilles ?
Source image de couverture : AP News
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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