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Suite à l'arrêt de la Cour constitutionnelle du 8 mai 2026, une commission parlementaire de destitution de Cyril Ramaphosa doit être mise en place. L'ANC a réuni ses cadres en urgence. Ramaphosa a lui-même saisi les tribunaux pour contester la procédure. Une situation politique inédite en Afrique du Sud.
Publié le 14 mai 2026 à 10:28 UTC+0

Un président sud-africain conteste devant les tribunaux la procédure censée l'évaluer. C'est du jamais vu depuis l'ère post-apartheid.
L'arrêt rendu le 8 mai 2026 par la Cour constitutionnelle sud-africaine avait invalidé le vote de l'Assemblée nationale de 2022 qui avait enterré la procédure de destitution contre Cyril Ramaphosa. Ce vote, protégé à l'époque par la majorité absolue de l'ANC, avait mis le couvercle sur le scandale dit de Phala Phala; cette ferme privée du président où 580 000 dollars en espèces avaient été retrouvés dans des meubles après un cambriolage, et dont les circonstances avaient soulevé des questions sur une éventuelle dissimulation.
La Cour a rouvert la voie. Une commission parlementaire de destitution doit maintenant être constituée pour examiner les conclusions du rapport Nosiviwe Mapisa-Nqakula de 2022. Le 12 mai, l'ANC a réuni ses cadres au Cap en session d'urgence pour décider de la position du parti face à cette situation. Pendant ce temps, Ramaphosa a annoncé qu'il saisissait lui-même les tribunaux pour contester les conclusions de ce rapport, estimant qu'il contient des « erreurs de droit graves ».
Cette double manœuvre; contester en justice tout en continuant à gouverner; crée un scénario inédit. Pour destituer un président sud-africain, la Constitution exige les deux tiers des voix au Parlement. L'ANC ne détient plus que 40 % des sièges depuis les élections de 2024. Une coalition de l'EFF de Julius Malema, de l'Alliance démocratique et de partis plus petits pourrait mathématiquement atteindre ce seuil. Mais une coalition politique aussi hétéroclite implique des négociations, des compromis et des arbitrages qui ne vont pas de soi.
Ce qui rend cette affaire complexe, c'est qu'elle touche à la fois à la crédibilité personnelle de Ramaphosa et à la survie politique de l'ANC comme force de gouvernement. Si Ramaphosa tombe, qui prend la relève ? Le parti n'a pas de successeur évident. Et un nouveau leadership de l'ANC confronté à une procédure de destitution en cours dans un parlement sans majorité; c'est un scénario d'instabilité durable que personne à Johannesburg ne semble vouloir vraiment.
L'Afrique du Sud est une démocratie qui a produit des transitions politiques parmi les plus remarquables de l'histoire africaine. Elle a aussi une tendance à se retrouver dans des impasses institutionnelles longues. Ce qui se passe aujourd'hui ressemble à l'une d'elles.
Ramaphosa sera-t-il le troisième président de l'ANC à partir avant la fin de son mandat, après Mbeki en 2008 et Zuma en 2018 ?
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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