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Le 8 mai 2026, la plus haute juridiction sud-africaine invalide le vote du Parlement de 2022 qui protégeait Ramaphosa dans le scandale Phala Phala (580 000 dollars cachés dans un canapé). Le 11 mai, Ramaphosa déclare à la télévision qu'il ne démissionnera pas. Il saisit lui-même les tribunaux.
Publié le 13 mai 2026 à 13:33 UTC+0
Cyril Ramaphosa avait cru ce dossier enterré. La Cour constitutionnelle vient de le déterrer avec une précision chirurgicale.
Le 8 mai 2026, la plus haute juridiction d'Afrique du Sud a rendu un arrêt d'une portée considérable : elle invalide le vote de l'Assemblée nationale intervenu en 2022, lorsque les membres du Congrès national africain, alors en majorité absolue, avaient rejeté l'ouverture d'une procédure de destitution à l'encontre de leur propre président. Ce vote, désormais déclaré contraire à la Constitution, rouvre mécaniquement la voie à la mise en place d'une commission de destitution parlementaire dotée de pouvoirs d'enquête élargis.
Le fond du dossier remonte au scandale dit de « Phala Phala », du nom de la ferme privée de Cyril Ramaphosa dans la province du Limpopo. En février 2020, un important vol d'argent liquide avait été commis dans cette propriété. Un ancien directeur des services de renseignements avait ensuite accusé le président d'avoir tenté de dissimuler l'affaire, notamment en faisant enlever les voleurs hors du cadre légal. La somme en jeu : environ 580 000 dollars en espèces, retrouvés cachés dans des meubles de salon. Ramaphosa avait admis le cambriolage mais nié toute irrégularité, expliquant que l'argent provenait de la vente de vingt buffles à 580 000 dollars.
Le 11 mai, lors d'une allocution télévisée diffusée en prime time, Ramaphosa a fixé sa ligne avec une clarté qui ne laissait aucune ambiguïté : « Je tiens à préciser, avec respect, que je ne démissionnerai pas. Démissionner reviendrait à devancer le processus défini par la Constitution, à accorder du crédit à un rapport malheureusement plein d'erreurs. » Il a annoncé dans le même discours qu'il saisit lui-même les tribunaux pour contester les conclusions du rapport parlementaire de 2022, invoquant « des erreurs de droit graves et des conclusions factuelles non fondées ».
La situation politique est délicate à plusieurs titres. L'ANC, qui avait protégé Ramaphosa en 2022 grâce à sa majorité absolue, a perdu cette majorité lors des élections de mai 2024. Il ne contrôle plus que 40 % des sièges à l'Assemblée nationale.
Pour destituer un président, la Constitution exige les deux tiers des voix. Arithmétiquement, une coalition contre Ramaphosa est concevable. Julius Malema et son parti d'extrême gauche EFF, à l'origine du recours devant la Cour constitutionnelle, réclament depuis des années sa démission et crient désormais victoire. L'Alliance démocratique, deuxième composante de la coalition au pouvoir, a indiqué sa volonté de participer pleinement aux travaux de la commission de destitution. L'ANC a réuni ses cadres en urgence le 12 mai au Cap.
La voie est longue entre une commission d'enquête parlementaire et un vote final de destitution. Mais dans un pays où le chômage dépasse 32 %, où les violences xénophobes font la une des médias africains et où la popularité du gouvernement s'effrite, chaque nouveau développement dans ce dossier affaiblit un peu plus l'autorité d'un homme qui gouverne depuis 2018.
Ramaphosa sera-t-il le troisième président de l'ANC à partir avant la fin de son mandat après Mbeki et Zuma ? L'histoire africaine de ces vingt dernières années suggère que quand la machine judiciaire et politique se met en marche dans ce pays, elle n'est pas toujours arrêtable.
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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