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Par arrêté du 12 mai 2026, le gouvernement burkinabè suspend 247 nouvelles associations, portant à 929 le total des structures mises à l'arrêt depuis le 15 avril. Parmi elles figurent des ONG de droits humains, de santé et de défense des droits des femmes. Ibrahim Traoré resserre son étau.
Publié le 13 mai 2026 à 13:57 UTC+0

929 associations. En vingt-sept jours. Un par un, les espaces de la société civile burkinabè s'éteignent. Et la junte appelle ça de l'administration.
Le 12 mai 2026, le ministre d'État de l'Administration territoriale et de la Mobilité, Émile Zerbo, a signé un nouvel arrêté portant suspension de 247 associations à compter de ce même jour, pour « non-renouvellement de leurs instances dirigeantes conformément à leurs statuts et règlement intérieur et à la loi en vigueur ». Publié sur la page Facebook officielle du ministère, le texte porte la liste complète des organisations visées. Depuis le 15 avril 2026, date du premier vague de dissolutions qui avait frappé 118 associations, le total des structures mises hors d'état de fonctionner atteint désormais 929.
La base légale de ces mesures est la loi n°011-2025/ALT du 17 juillet 2025, relative à la liberté d'association au Burkina Faso. Cette loi, adoptée sous l'autorité du capitaine Ibrahim Traoré, impose des obligations strictes de renouvellement des instances dirigeantes et de déclaration administrative. Elle prévoit des sanctions allant jusqu'à la dissolution pour les organisations qui ne s'y conforment pas dans les délais. Human Rights Watch a qualifié l'ensemble de ce dispositif d'outil de « répression généralisée de la société civile. »
Ce qui rend ce bilan particulièrement préoccupant, c'est la nature des organisations touchées. Parmi les 929 structures suspendues ou dissoutes figurent des organisations actives dans la défense des droits humains, le soutien aux populations déplacées internes, les soins aux victimes d'attaques jihadistes, la promotion de la santé maternelle dans les zones rurales et la défense des droits des femmes.
Dans un pays où plus de la moitié du territoire échappe au contrôle de l'État, où des centaines de milliers de personnes sont déplacées et où les services publics sont quasi inexistants dans de nombreuses localités, ces associations ne faisaient pas que défendre des droits abstraits. Elles soignaient, nourrissaient, logeaient et accompagnaient.
La journée du 12 mai a produit une image saisissante de la contradiction burkinabè. Le même jour où 247 associations supplémentaires étaient suspendues, Ibrahim Traoré présidait les Journées nationales d'engagement patriotique et appelait les Burkinabès à s'engager dans la « guerre contre la dépendance alimentaire. » Une nation souveraine, répète-t-il à chaque prise de parole. Une nation qui construit sa propre alimentation, sa propre sécurité, sa propre culture.
Mais une nation souveraine sans société civile est un corps sans système immunitaire. Elle peut paraître forte tant que les agents pathogènes restent à l'extérieur. Mais quand les crises viennent de l'intérieur, il n'y a plus personne pour avertir, pour soigner, pour dire la vérité au pouvoir.
En 2050, un Burkina Faso en paix regardera cette période avec l'une de ces deux lectures : soit comme une nécessaire consolidation du pouvoir en temps de guerre, soit comme une amputation durable de son tissu civique dont les cicatrices ne seront jamais totalement refermées.
Étiez-vous membre ou bénéficiaire de l'une de ces associations suspendues ? Dites-nous comment cela change concrètement votre quotidien.
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Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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