Burkina Faso : à l’école, les explorateurs deviennent des envahisseurs
Depuis la rentrée, le Burkina Faso réécrit ses programmes d’histoire, de géographie et d’instruction civique, et vient de lancer le Pacte NEKRÉ pour refonder son école. Une décolonisation des savoirs qui pose une question à tout le continent.
Publié le 25 octobre 2026 à 05:38

Louis-Gustave Binger n’est plus un explorateur. Dans les classes du , il est devenu un envahisseur. Un seul mot change, et c’est toute une page d’histoire qui bascule.
Depuis la rentrée d’octobre, un professeur d’histoire-géographie de a reçu un livret du ministère. Dedans, la liste des expressions à abandonner, des chapitres à retirer et de ceux à ajouter. « La décolonisation a bien commencé avec la rentrée scolaire », confie-t-il à l’AFP, sous couvert d’anonymat.
Derrière ce livret, une réforme assumée. Le ministre de l’Enseignement secondaire, Moumouni Zoungrana, veut réécrire les programmes d’histoire, de géographie et d’instruction civique. Les chefs de la résistance africaine, longtemps présentés comme des tyrans ou des barbares, doivent être réhabilités. « Quand vous ouvrez nos manuels, nous sommes totalement oubliés », lance-t-il. Il promet d’enlever les chapitres jugés dégradants et d’ajouter ceux qui racontent les victoires, rapporte KOACI.
Le 17 octobre, le Premier ministre Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo a lancé à Kaya le Pacte NEKRÉ, « l’éveil » en mooré. Sept orientations, dont la promotion des langues nationales et des savoirs endogènes, et un lien plus fort entre l’école et les métiers, détaille Burkina24. La date n’a rien d’un hasard : quarante ans jour pour jour après l’Appel de Gaoua de Thomas Sankara, qui avait déjà mis l’école au cœur de sa révolution.
Pourquoi ça compte pour tout le continent ? Parce que la question touche chaque pays africain : qui écrit l’histoire qu’on apprend aux enfants ? Pendant des décennies, beaucoup d’élèves ont étudié leur passé à travers le regard de ceux qui l’ont colonisé.
Mais remplacer un récit par un autre ne suffit pas. Il faudra des historiens, des sources solides, des enseignants formés et de nouveaux manuels, alors que les livres n’ont pas encore changé. Et une vigilance : une histoire dictée par le pouvoir du moment reste une histoire officielle, quelle que soit sa couleur.
D’ici 2050, l’Afrique abritera la jeunesse la plus nombreuse de la planète. Ce que ces enfants apprendront sur eux-mêmes pèsera lourd dans ce qu’ils oseront bâtir.
Alors, selon vous, qui doit écrire l’histoire enseignée aux enfants africains : les gouvernements, les historiens, ou les communautés elles-mêmes ?
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