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Le 12 mai 2026, l'Assemblée législative du peuple du Burkina Faso a adopté des textes donnant force de loi à la « Faso Bu Kaoré », le système de justice traditionnelle burkinabè. La junte construit en parallèle un système judiciaire alternatif fondé sur les coutumes ancestrales.
Publié le 13 mai 2026 à 13:59 UTC+0

Il y a un paradoxe fascinant dans ce que le Burkina Faso est en train de construire : une nation qui se déclare souverainiste en rompant avec les influences étrangères, mais qui cherche aussi les fondements de sa légitimité dans des systèmes juridiques précoloniaux. La « Faso Bu Kaoré » est l'expression la plus claire de ce projet.
Le 12 mai 2026, l'Assemblée législative du peuple du Burkina Faso, l'institution qui a remplacé le Parlement élu sous le régime d'Ibrahim Traoré, a adopté des textes conférant force de loi à la « Faso Bu Kaoré », le système de justice traditionnelle burkinabè. Ce mécanisme, fondé sur les pratiques coutumières ancestrales de résolution des conflits, existait de façon informelle dans de nombreuses communautés rurales burkinabèes. Il fait désormais partie de l'architecture juridique officielle de l'État.
Pour la junte, l'argumentaire est clair : les institutions judiciaires héritées de la colonisation française ne correspondent pas aux réalités sociales et culturelles profondes des sociétés burkinabèes. La justice populaire, celle des chefs de village, des anciens et des conseils coutumiers, serait plus proche des citoyens, plus rapide dans ses délibérations et plus enracinée dans les valeurs collectives locales.
L'argumentaire n'est pas dénué de fondement empirique. Des études sur la résolution des conflits fonciers et familiaux dans les zones rurales africaines ont régulièrement montré que les mécanismes coutumiers étaient souvent plus efficaces, moins coûteux et mieux acceptés par les parties que les procédures judiciaires formelles. En ce sens, l'intégration de ces pratiques dans le cadre légal peut constituer une avancée réelle pour des populations que la justice formelle a trop souvent abandonnées.
Mais les interrogations sont nombreuses et légitimes. La justice traditionnelle burkinabè, comme toute justice coutumière, n'est pas exempte de biais. Elle peut reproduire des inégalités de genre, d'appartenance ethnique ou de statut social.
Elle peut ne pas garantir les protections procédurales que le droit international des droits humains considère comme fondamentales. Et dans un contexte où la junte suspend simultanément les ONG qui documentaient les violations des droits, qui jouera le rôle de contre-pouvoir et de vérificateur ?
La vraie question posée par la « Faso Bu Kaoré » n'est donc pas celle de sa validité culturelle. C'est celle de son encadrement, de ses limites, de son articulation avec les protections universelles des droits humains que le Burkina Faso a lui-même ratifiées.
Une justice ancrée dans les traditions peut être un progrès. Une justice sans contre-pouvoir ni appel, quel que soit son ancrage culturel, est toujours un risque.
Selon vous, la justice traditionnelle africaine peut-elle garantir les droits fondamentaux aussi bien que le droit moderne ?
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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