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Le 12 mai 2026, lors des Journées nationales d'engagement patriotique, Ibrahim Traoré a appelé les Burkinabès à combattre la dépendance alimentaire. Le même jour, son gouvernement signait l'arrêté suspendant 247 nouvelles associations, portant le total à 929. L'oxymore burkinabè du moment.
Publié le 13 mai 2026 à 13:28 UTC+0

Une nation peut-elle se nourrir de souveraineté quand elle affame sa propre société civile ? Le Burkina Faso de 2026 pose cette question avec une acuité particulière.
Dans le même temps, exactement le même jour, le ministre d'État Émile Zerbo signait l'arrêté suspendant 247 nouvelles associations. Le total cumulé depuis le 15 avril atteint 929. Parmi elles figurent des organisations actives dans la sécurité alimentaire des zones rurales, l'accompagnement des déplacés internes, la formation agricole dans les communes enclavées.
La contradiction est vertigineuse. Le capitaine Traoré veut la souveraineté alimentaire mais suspend les ONG qui travaillent avec les agriculteurs déplacés dans les zones de conflit où l'État est absent. Il veut construire une nation forte mais dissout les corps intermédiaires qui assurent le lien entre les populations et les services de base. Il invoque la mobilisation patriotique mais étouffe les espaces où cette mobilisation pourrait s'organiser librement, sans passer par les canaux officiels de la junte.
La SONAGESS, Société nationale de gestion du stock de sécurité alimentaire, a par ailleurs lancé dans la même semaine des alertes sur des saisies de produits alimentaires périmés dans plusieurs régions du pays, révélant les fragilités concrètes d'un système de distribution alimentaire sous pression.
Ibrahim Traoré n'est pas le premier dirigeant africain à prêcher la souveraineté en pratiquant la répression. Ce paradoxe a une longue histoire sur le continent. Mais il y a quelque chose d'accéléré dans la séquence burkinabè qui mérite d'être nommé.
Une nation souveraine qui ne peut pas nourrir sa propre société civile est une nation souveraine à moitié. Et une souveraineté à moitié, c'est une dépendance qui ne dit pas son nom.
Pensez-vous que la souveraineté alimentaire est compatible avec la suppression des ONG qui travaillent dans les zones rurales ?
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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