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Au procès Martinez Zogo, expertises numériques et messages supprimés rebattent les cartes. Mopa dans le viseur, Belinga gagne du terrain.
Publié le 24 juin 2026 à 12:19 UTC+0

On ne parle plus de sang sur le parking. On parle de SMS effacés et de téléphones qui ne veulent rien dire.
L'audience du 22 juin devant le tribunal militaire de Yaoundé restera comme l'un des tournants du procès Martinez Zogo, selon KOACI. Fini les déclarations spectaculaires. Place aux expertises numériques. Pr Bell Bidjocka confirme que des échanges entre Justin Ndanwé et Jean-Pierre Amougou Belinga, ainsi qu'entre Ndanwé et Modeste Mopa, ont été supprimés et ne sont plus dans les données analysées.
L'expert est catégorique sur un point : rien n'établit une implication directe de Belinga dans l'enlèvement ou l'assassinat du journaliste. Pour lui, l'audience du 22 juin est favorable. En face, les communications effacées entre Ndanwé et Mopa, ancien directeur général des Impôts, nourrissent les interrogations. Mopa a quitté le Cameroun au lendemain du scandale. Jamais mis en cause formellement. Toujours au centre des zones d'ombre.
Le tribunal a rejeté une expertise complémentaire demandée par la partie civile, jugée tardive. Incident autour de l'« Annexe 1 » : copies divergentes, avocats qui s'affrontent, suspension de séance. Dr Olumou Jean-Pierre, expert cybercriminalité, affirme que les téléphones saisis chez Belinga et Bruno Bidjang n'ont révélé aucun lien direct avec l'affaire.
Le journaliste Martinez Zogo avait disparu le 17 janvier 2023 avant que son corps ne soit retrouvé près de Yaoundé, selon KOACI. Depuis, le procès devant le tribunal militaire est devenu une vitrine des limites de la justice camerounaise. Les expertises du 22 juin focusent les téléphones de Justin Ndanwé et les échanges effacés avec Modeste Mopa, ancien patron des Impôts exilé à l'étranger. Belinga, homme d'affaires puissant, voit la partie se déplacer en sa faveur si la justice ne retrouve pas de lien direct avec l'enlèvement.
Pour les Camerounais qui suivent ce procès comme un feuilleton national, la frustration est immense : deux ans de suspense, et la vérité semble cachée dans des logs serveurs. La presse indépendante camerounaise continue d'assurer la veille malgré les pressions. Chaque audience devient un test : la justice peut-elle encore convaincre une population habituée aux zones d'ombre ?
Un Cameroun démocratique en 2050 ne peut pas laisser l'assassinat d'un journaliste se dissoudre dans des expertises incomplètes. Martinez Zogo incarnait une presse qui osait enquêter sur les circuits d'argent et de pouvoir. Deux ans après sa mort, la confiance du public dans la justice reste au plus bas. Yaoundé retient son souffle avant la reprise mardi.
La reprise mardi à 10h clarifiera-t-elle les contradictions documentaires, ou le procès Zogo finira-t-il par épuiser la confiance du public sans jamais nommer tous les commanditaires ?
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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