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Le 12 mai 2026 à Nairobi, Emmanuel Macron a répondu publiquement à la mise au point de l'ex-Premier ministre malien Choguel Maïga, publiée depuis sa cellule de Bamako. Macron avait jugé que « la junte malienne n'a pas pris la meilleure décision » en expulsant les troupes françaises. Maïga avait répliqué. Le cycle de cinq ans de rupture franco-sahélienne s'écrit encore.
Publié le 13 mai 2026 à 13:25 UTC+0

Il y a quelque chose de symboliquement saisissant dans cette scène : d'un côté, le président d'une des cinq premières puissances mondiales, depuis un hôtel de Nairobi, devant des caméras et des chefs d'État. De l'autre, un homme en prison à Bamako, qui écrit un communiqué depuis sa cellule. Et les deux s'échangent des réponses.
À Nairobi, lors de la conférence de presse de clôture du sommet Africa Forward le 12 mai 2026, Emmanuel Macron avait dit ce qu'il pensait de la décision de la junte malienne d'exiger le départ des forces françaises combattant les jihadistes : « L'actualité montre que la junte malienne n'a pas pris la meilleure décision. » Une pique directe, délivrée à quelques milliers de kilomètres de Bamako, dans un pays anglophone, devant une audience africaine large.
Choguel Kokalla Maïga, l'ex-Premier ministre malien emprisonné depuis août 2025 pour des motifs que ses partisans qualifient de politiques, n'a pas laissé passer l'attaque. Depuis sa cellule, il a publié un communiqué qui répondait point par point aux déclarations françaises, défendant la décision de la junte d'expulser les troupes françaises comme un acte de souveraineté nationale et contestant l'interprétation de Macron sur les conséquences sécuritaires de ce choix. Et Macron lui a répondu à son tour depuis Nairobi.
Cette séquence est une métaphore parfaite des cinq dernières années des relations franco-sahéliennes. Une France qui dit avoir changé mais qui ne peut s'empêcher de commenter les choix de ses anciens partenaires. Une junte malienne qui s'est coupée de Paris mais dont l'ancien Premier ministre reste une voix qui compte, même depuis une prison. Et entre les deux, des millions de Maliens qui vivent sous un blocus économique jihadiste, dont les routes d'approvisionnement sont coupées et dont les villages sont massacrés.
Macron a investi deux jours entiers à Nairobi pour redessiner la relation France-Afrique. Il a annoncé 23 milliards d'euros. Il a dit que le pré carré était mort. Il a cité les restitutions d'œuvres d'art. Et pourtant, sa phrase la plus commentée en Afrique francophone restera probablement celle sur la junte malienne.
Parce qu'il y a dans cette phrase tout ce que l'Afrique francophone a reproché à la France pendant des décennies : la conviction, même habillée de formules diplomatiques, que Paris sait mieux que Bamako ce qui est bon pour Bamako.
L'Afrique a changé. La France aussi, dit-elle. Mais certains réflexes résistent à tous les sommets.
Pensez-vous que la France a encore le droit de commenter les choix politiques et sécuritaires des États africains souverains ? Ou cette époque est-elle définitivement révolue ?
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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