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Dans la nuit du 2 mai 2026, deux hommes encagoulés ont fait irruption au domicile de Me Mountaga Tall a Bamako et l'ont emmené de force. Avocat critiqué de la junte, il reste introuvable au 6 mai. Amnesty International exige sa libération immédiate.
Publié le 6 mai 2026 à 18:36 UTC+0

Quand on enlève l'avocat qui défend les autres enlevés, c'est que la junte a perdu confiance en ses propres institutions.
Dans la nuit du samedi 2 mai 2026, deux individus masqués et armés se sont présentés au domicile de Me Mountaga Tall, dans le quartier de Faladie à Bamako. Devant sa famille impuissante, ils l'ont contraint de les suivre. Son épouse, qui tentait de filmer la scène, a été brutalisée. Son téléphone a été confisqué. Une plainte pour enlèvement a été déposée auprès des autorités. Au 6 mai, Me Tall reste introuvable.
Me Mountaga Tall n'est pas un inconnu. Figure historique de la démocratisation malienne depuis les années 1990, il a été membre actif du mouvement M5-RFP qui a contribué a la chute de l'ancien président Ibrahim Boubacar Keita en 2020. D'abord allié des militaires arrivés au pouvoir, il a progressivement pris ses distances avec la junte d'Assimi Goïta, devenant l'une de ses voix critiqués les plus ecoutées. Au moment de son enlèvement, il assurait la défense de plusieurs militaires arrêtés pour "tentative de déstabilisation des institutions" et avait engagé des recours judiciaires contre la dissolution des partis politiques décidée par les autorités de transition.
L'enlèvement intervient dans un contexte explosif. Le 25 avril 2026, le JNIM et le FLA ont mené des attaques coordonnées sur six villes maliennes, tuant le ministre de la Défense Sadio Camara et faisant au moins 23 morts. Le 1er mai, le parquet militaire a annoncé l'ouverture d'une enquête, évoquant des "éléments solides de complicité" impliquant des militaires et des acteurs politiques, dont l'opposant en exil Oumar Mariko. C'est dans ce climat de chasse aux sorcières que Me Tall a disparu. Selon Amnesty International, si cet enlèvement implique des agents de l'Etat, il constitue une disparition forcée et exposé l'avocat a un risque élevé de torture.
Le Barreau du Mali a réagit avec fermeté, exigeant la libération immédiate et inconditionnelle de son confrère et l'identification des responsables. Des voix s'élèvent pour dénoncer un "effet glaçant" sur la profession : si même les défenseurs de la loi ne sont pas en sécurité, qui ose encore plaider contre le pouvoir ?
Pour l'Afrique de 2050 qui veut des institutions stables et crédibles, l'image d'un avocat enlevé à son domicile la nuit par des hommes cagoulés est un recul de civilisation. La démocratie malienne n'a jamais eu autant besoin de ses avocats qu'aujourd'hui. Et c'est précisément aujourd'hui qu'on les enlève.
Où est Me Mountaga Tall ? Et qui, dans ce Mali en guerre contre lui-même, a encore le courage de poser la question à voix haute ?
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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