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La Banque africaine de développement annonce 180 millions USD pour l'agripreneuriat des jeunes au Niger. Bonne nouvelle pour la jeunesse sahélienne. Mais dans un pays sous junte, hors du cadre démocratique, la question de la gouvernance des fonds se pose.
Publié le 3 mai 2026 à 12:59 UTC+0

La Banque africaine de développement (BAD) vient d’annoncer un appui massif en faveur du Niger : 180 millions de dollars (environ 100 milliards de FCFA) destinés à soutenir l’agripreneuriat des jeunes sur la période 2026-2030.
L’ambition est claire : offrir des emplois agricoles décents à une jeunesse sahélienne en quête de perspectives, dans un pays où le potentiel agricole reste l’un des plus importants leviers de développement.
Sur le papier, l’initiative est plus que louable. Dans une région marquée par le chômage, l’insécurité et l’exode rural, investir dans l’agriculture est une nécessité absolue. Mais cette annonce, faite dans un contexte politique nigérien très particulier, soulève inévitablement des questions qui dépassent le simple cadre financier.
Le Niger, depuis le coup d’État de juillet 2023, se retrouve dans une position inédite : hors de l’UEMOA, en rupture avec plusieurs cadres de convergence démocratique régionaux, et sous un régime dirigé par le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP). Pourtant, la BAD continue d’injecter des fonds substantiels — plus de 500 millions de dollars annoncés pour divers projets sur 2025-2026.
Pour beaucoup d’observateurs, cet appui pose un dilemme : une institution multilatérale comme la BAD peut-elle continuer à financer des gouvernements sans légitimité électorale, tout en espérant que l’argent aille réellement au bénéfice des populations ?
La vraie question n’est pas celle de l’intention, mais celle de la redevabilité. Dans un système où les institutions sont sous contrôle militaire, les mécanismes classiques de contrôle budgétaire, de passation de marchés et d’audit citoyen sont, au mieux, affaiblis, au pire, inexistants.
Qui garantira que ces 180 millions de dollars n’iront pas grossir les rangs des dépenses de l’appareil d’État ou ne seront pas captés par des circuits proches du pouvoir militaire ? Si la BAD a sans doute des mécanismes de supervision, la réalité sur le terrain, dans un pays enclavé et sous sanctions politiques, est bien plus complexe que les rapports signés à Abidjan.
L’histoire du développement en Afrique est jalonnée de projets généreux qui ont échoué par manque de gouvernance. En 2026, l’investissement sans redevabilité n’est plus du développement : c’est une dépense à risque. Le Niger a besoin d’agripreneuriat, c’est indéniable. Mais la jeunesse nigérienne a tout autant besoin d’institutions capables de gérer cet argent de manière transparente, pour que l’investissement profite à ceux qui travaillent la terre, pas à ceux qui gèrent le budget.
En persistant dans cette voie, la BAD fait un pari audacieux : celui de la continuité technique malgré le chaos politique. Mais si ce pari échoue, c’est la jeunesse nigérienne qui en paiera le prix fort, en héritant de dettes que les gouvernements futurs devront rembourser, sans avoir vu la couleur du développement promis.
Investir dans le Niger est vital, mais sans une garantie absolue sur la gestion des fonds, le risque est grand de voir cet argent s’évaporer avant d’atteindre les champs.
Source image de couverture : BAD
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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