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Le Sénat nigérian adopte la police d'État. Vote manuel après la panne du système électronique.
Publié le 25 juin 2026 à 11:01 UTC+0

Trente minutes d'attente devant des machines muettes. Puis les sénateurs ont levé la main. L'histoire nigériane a basculé.
Mercredi 25 juin à Abuja, le Sénat a adopté le projet de loi constitutionnelle créant une police d'État à travers le fédéralisme sécuritaire, selon allAfrica et The Sun Nigeria. Après l'échec du système de vote électronique pendant plus de trente minutes, le président du Sénat Godswill Akpabio a basculé sur un vote manuel. Chaque sénateur a déclaré publiquement sa position. Les 26 articles du texte ont recueilli au moins 80 voix favorables chacun.
C'est une révolution institutionnelle pour un pays où la police fédérale unique peine à contenir l'insécurité dans un territoire grand comme un continent. Kidnappings, banditisme, conflits communautaires : les gouverneurs réclamaient depuis des décennies le droit de structurer des forces locales. Le président Bola Ahmed Tinubu a transmis le texte en Executive Bill. Des gouverneurs d'Ondo, Kaduna et Ogun étaient présents dans l'hémicycle pour observer le vote.
Le chemin n'est pas fini. Le texte doit être harmonisé avec la version de la Chambre des représentants, puis ratifié par au moins deux tiers des 36 assemblées d'État avant signature présidentielle. Mais le Sénat a franchi le mur le plus visible.
Les critiques redoutent les dérives : gouverneurs utilisant la police locale contre les opposants, budgets opaques, milices déguisées. Les partisans répondent qu'un pays de 220 millions d'habitants ne peut pas tout gérer depuis Abuja. Les jeunes de Lagos, Kano ou Port Harcourt veulent surtout des patrouilles qui arrivent avant que les bandits ne frappent.
Le même jour, le Sénat a aussi adopté le Police Trust Fund Act (Repeal and Re-enactment) Bill, renforçant le cadre financier de la police fédérale existante. Deux réformes parallèles : moderniser le centre tout en décentralisant.
Pour l'Afrique de l'Ouest anglophone, le Nigeria envoie un signal. Quand l'État central faiblit face à l'insécurité, la rue et les élus régionaux poussent vers des solutions fédérales. Le vote manuel, symbole d'une panne technique, n'a pas empêché l'adoption. Il l'a même rendue plus spectaculaire.
Une Afrique sûre en 2050 passera par des polices responsables, formées et contrôlées. La police d'État n'est ni miracle ni catastrophe en soi. C'est un test de gouvernance.
Les assemblées régionales imposeront-elles des garde-fous indépendants sur les commissioners nommés par les gouverneurs, ou la réforme ouvrira-t-elle la porte à des milices politiques dans chaque État ?
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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