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Le 12 mai 2026, à la 87e session de la Commission africaine des droits de l'homme et des peuples à Banjul, le ministre congolais des Droits humains Samuel Mbemba a dénoncé les exactions attribuées à l'armée rwandaise et à ses supplétifs au Nord et Sud-Kivu. Crimes de guerre et possibles crimes contre l'humanité.
Publié le 13 mai 2026 à 13:49 UTC+0

Il y a des tribunes que l'on choisit avec soin. Banjul, capitale de la Gambie, accueille du 11 au 20 mai 2026 la 87e session ordinaire de la Commission africaine des droits de l'homme et des peuples. C'est là que la République démocratique du Congo a choisi de porter sa voix et la voix de ses morts.
Samuel Mbemba, ministre congolais des Droits humains, a pris la parole devant les commissaires réunis en Gambie pour dresser un bilan que l'Afrique ne peut plus ignorer.
La liste des exactions attribuées aux Forces de défense rwandaises et à leurs supplétifs des AFC/M23 dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu est, selon ses termes, accablante. Exécutions sommaires, violences sexuelles, déplacements forcés de populations, pillage de ressources naturelles, destructions d'infrastructures civiles. Des actes qualifiés par Kinshasa de crimes de guerre et, potentiellement, de crimes contre l'humanité au sens du droit international humanitaire.
Le contexte dans lequel s'inscrit cette démarche est complexe et révélateur. La semaine du 12 mai est précisément celle où Félix Tshisekedi signe à Kampala six mémorandums d'entente avec Yoweri Museveni, renforçant la coopération militaire contre les rebelles ADF dans le Nord-Kivu et l'Ituri. C'est aussi la semaine où les FARDC reprennent Luvungi. Et c'est la semaine où Tshisekedi brigue un troisième mandat controversé. La diplomatie congolaise joue sur plusieurs tableaux simultanément.
Mais l'essentiel de la démarche à Banjul est ailleurs. La Commission africaine des droits de l'homme n'est pas la Cour pénale internationale. Elle ne peut pas émettre des mandats d'arrêt. Mais elle peut enquêter, documenter, formuler des recommandations et, par sa légitimité continentale, mettre une pression morale sur des États qui préfèrent que certaines vérités restent dans l'ombre.
Le Kigali officiel n'a pas commenté immédiatement cette intervention devant la CADHP. Le Rwanda a toujours nié l'implication directe de ses forces armées dans le conflit du Kivu, même face aux rapports répétés du groupe d'experts des Nations Unies documentant des déploiements de soldats rwandais en uniforme et avec matériel militaire rwandais sur le sol congolais.
Ce qui se joue à Banjul en ce mois de mai 2026, c'est la bataille du récit. Qui sera tenu responsable dans l'histoire de la plus grave crise humanitaire oubliée du monde ? Et l'Afrique sera-t-elle capable de juger ses propres membres par ses propres institutions, sans attendre que La Haye s'en charge ?
L'Afrique doit-elle développer ses propres mécanismes de justice pour les crimes commis sur son sol ? Dites-nous ce que vous en pensez.
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Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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