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Le 12 mai 2026, dans le territoire de Beni au Nord-Kivu, les rebelles ougandais des Forces démocratiques alliées ont tué 14 civils. Dans le même temps, à Kampala, Félix Tshisekedi et Yoweri Museveni signaient six mémorandums dont un sur la coopération sécuritaire contre ces mêmes ADF. Une ironie que les victimes de Beni ne verront jamais.
Publié le 14 mai 2026 à 10:33 UTC+0

Les signatures sont posées à Kampala. Les corps sont à Beni. Il y a quelques centaines de kilomètres entre les deux, et tout le gouffre qui sépare la diplomatie de la réalité.
Le 12 mai 2026, les Forces démocratiques alliées ont frappé à nouveau dans le territoire de Beni, au Nord-Kivu. Quatorze civils tués, selon les chiffres rapportés par Radio Okapi et Mediacongo. Une attaque de plus dans une série qui dure depuis 2014, qui a fait des milliers de morts dans cette région du nord-est de la RDC, et qui ne semble pas s'arrêter malgré les opérations militaires conjointes engagées depuis des années.
Ce même 12 mai, à Kampala, Félix Tshisekedi assistait à l'investiture de Yoweri Museveni pour son septième mandat présidentiel. La veille, les deux chefs d'État avaient présidé la signature de six mémorandums d'entente entre la RDC et l'Ouganda, dont l'un portait précisément sur la coopération sécuritaire dans le cadre de l'opération Shujaa, l'opération militaire conjointe lancée en 2021 pour combattre les ADF.
L'opération Shujaa a quatre ans. Elle a produit des résultats partiels : des camps de l'ADF détruits, des combattants tués ou capturés, des chefs éliminés. Mais le groupe continue d'exister, de recruter et de tuer. Il s'est adapté. Il s'est éloigné des zones les plus surveillées pour frapper ailleurs. Et ce 12 mai, il a tué 14 personnes à Beni.
La coïncidence entre la signature à Kampala et le massacre à Beni n'est pas causale. Mais elle est révélatrice. Elle dit que les ADF ne sont pas un problème qui se résout en signant des mémorandums dans des salles de conférences climatisées. Elles sont le produit de décennies d'abandon étatique dans des régions qui n'ont jamais vraiment été gouvernées, d'un recrutement dans des communautés sans perspectives économiques, et d'une porosité des frontières que ni l'Ouganda ni la RDC ne contrôlent vraiment.
Les accords signés à Kampala sont réels et potentiellement utiles. Un corridor ferroviaire, des guichets frontaliers uniques, une coopération militaire renforcée : ces choses peuvent changer des réalités concrètes sur le long terme. Mais le long terme ne console pas les 14 morts de Beni de ce 12 mai.
L'est de la RDC a besoin d'accords. Il a surtout besoin que ces accords soient suivis d'effets visibles sur le terrain, dans les villages, dans la vie de gens qui ont perdu depuis longtemps confiance en tout ce qui se signe dans des capitales.
Vous connaissez la région de Beni ? Dites-nous ce que vous voyez sur le terrain, loin des salles de conférences.
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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