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Le 8 mai 2026, Félix Tshisekedi a déclaré publiquement qu'il accepterait un troisième mandat « si le peuple le demande ». Martin Fayulu accuse Tshisekedi et Kagame d'être en « entente parfaite ». Moïse Katumbi évoque la haute trahison. Huit partis d'opposition font front commun. Le spectre de 2015 plane.
Publié le 13 mai 2026 à 13:16 UTC+0

L'histoire du Congo a une mémoire longue. Et cette mémoire a un mot pour ce qui se passe aujourd'hui : glissement.
Le 8 mai 2026, lors d'une prise de parole publique, le président de la République démocratique du Congo, Félix-Antoine Tshisekedi, a répondu à une question sur l'avenir de sa présidence par une formule qui a instantanément mis le feu à la scène politique congolaise : « Si le peuple veut que je fasse un troisième mandat, j'accepterai. » Il a également conditionné l'organisation des élections présidentielles de 2028 à la fin du conflit dans l'est du pays, laissant planer le spectre d'un report qui, dans la bouche de ses adversaires, ressemble à une reconduction tacite.
Ce n'est pas seulement une phrase. C'est une bombe constitutionnelle. La Constitution du 18 février 2006, dans son article 220, dispose explicitement que le nombre de mandats présidentiels est limité à deux et que cette disposition ne peut être révisée. L'UDPS, parti de Tshisekedi, a mis en avant une proposition de loi référendaire déposée par le député Paul-Gaspard Ngondankoy, qui serait susceptible d'ouvrir une procédure permettant de contourner cet intangible constitutionnel. Les partisans du pouvoir parlent de modernisation du cadre légal. Ses adversaires appellent cela un coup d'État constitutionnel.
La riposte de l'opposition a été immédiate et d'une rare unité. Martin Fayulu, lors d'une conférence de presse à Kinshasa le 8 mai, a prononcé la phrase la plus explosive de cette séquence politique : « J'ai l'impression que Monsieur Félix Tshisekedi et Monsieur Paul Kagame se jouent des Congolais et qu'ils sont en entente parfaite. » Il a ajouté que la guerre dans l'est du pays « profite à qui ? » en répondant lui-même : « Elle profite aux deux. Ils se sont partagé le Congo entre eux. » Des accusations d'une gravité extrême qui, dans une démocratie consolidée, déclencheraient des procédures judiciaires immédiates.
Moïse Katumbi et son parti Ensemble pour la République ont choisi l'arme juridique. Dans un communiqué ciselé, ils ont rappelé que Tshisekedi a prêté serment sur la Constitution et que toute velléité de la modifier pour des intérêts personnels « constitue une violation de ce serment » exposant le président à des poursuites pour haute trahison, la seule infraction pénale prévue contre un chef d'État en exercice en droit congolais. Au total, huit formations politiques d'opposition ont fermement déclaré leur opposition à tout troisième mandat.
La Conférence épiscopale nationale du Congo, dont le poids moral dans la politique congolaise est considérable depuis l'Accord de la Saint-Sylvestre de 2016, se concertait en coulisses.
Le parallèle avec 2015 est dans toutes les bouches. À l'époque, Joseph Kabila avait tenté de lier la tenue des élections à un recensement administratif, un prétexte technique pour repousser le scrutin. La rue avait fini par parler, au prix de dizaines de morts. L'UDPS était alors dans l'opposition. Aujourd'hui, elle est au pouvoir et utilise les mêmes mécanismes qu'elle combattait.
La RDC est le pays africain avec la plus grande superficie, les plus grandes réserves de minéraux stratégiques et, depuis trop longtemps, les plus grandes tragédies démocratiques. Ce que Tshisekedi décide dans les prochains mois sur ce dossier dira si le Congo est capable d'une vraie alternance ou si ses présidents changent en gardant les mêmes habitudes.
Pensez-vous que le peuple congolais peut encore empêcher un troisième mandat de Tshisekedi comme il a empêché celui de Kabila ?
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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