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Dans un entretien publié le 3 mai 2026, le président Bassirou Diomaye Faye a lancé un avertissement direct à son propre parti : la personnification excessive du PASTEF autour de Sonko peut le ruiner. L'opposition, elle, a tenu le congrès constitutif de Taxawu Sénégal et attend son heure.
Publié le 14 mai 2026 à 09:03 UTC+0

Il y a des phrases qu'on ne prononce pas sans en mesurer le poids. Quand un président dit de son propre parti que sa trajectoire actuelle « risque de le détruire », ce n'est plus une alerte interne. C'est une déclaration publique sur l'état de sa propre maison.
Son diagnostic : le parti s'est trop construit autour de la personnalité d'Ousmane Sonko. Ce qui était une force pendant les années d'opposition, ce charisme mobilisateur, cette figure du leader emprisonné devenu symbole, est en train de devenir une fragilité. « On ne peut construire cela autour d'une personnification outrancière du projet », a dit Diomaye. Et d'ajouter : « La trajectoire sur laquelle se dirige actuellement PASTEF, si ses membres ne la stoppent pas, risque de le ruiner. »
Ces mots ne tombent pas dans le vide. Ils s'inscrivent dans une série de décisions et de frictions qui marquent, depuis plusieurs mois, la relation entre les deux têtes de l'exécutif sénégalais. Diomaye a limogé Ousseynou Ly, dit « Citizen Ly », homme de confiance de Sonko au sein de la présidence. Son successeur ne vient pas du PASTEF. Diomaye a aussi averti que Sonko resterait Premier ministre « tant qu'il a ma confiance. S'il n'a plus la confiance, on aura un autre Premier ministre. » Les mots sont en français, le sens est universel.
L'opposition sénégalaise regarde cette situation avec une attention qu'elle n'avait plus depuis longtemps. Khalifa Sall a tenu, dans ce contexte, le congrès constitutif de son mouvement Taxawu Sénégal, officiellement transformé en parti structuré. Les discours lors de ce congrès ciblaient sans détour le régime : « Ce ne sont pas des rois », a lancé Aïssata Tall Sall. L'opposition n'a finalement pas saisi le Conseil constitutionnel sur la réforme du Code électoral L29-L30, ce texte qu'elle-même qualifiait de « loi faite pour Sonko ». Certains analystes y lisent une stratégie délibérée : laisser la majorité se déchirer de l'intérieur plutôt que d'unifier PASTEF face à un adversaire externe.
La question que pose cette séquence politique n'est pas de savoir si Sonko sera ou non limogé dans les prochains mois. C'est de savoir si le mouvement qui avait réussi à porter au pouvoir une rupture aussi spectaculaire en 2024 dispose des ressources institutionnelles pour gouverner sur la durée sans se déchirer. Les partis africains construits autour d'un homme ont une histoire connue : ils grandissent avec lui et se fracturent quand il vacille.
Le Sénégal avait fait le pari d'une rupture. Il est en train de découvrir, deux ans après, ce que gouverner coûte à ceux qui ont promis de tout changer.
Pensez-vous que le PASTEF peut survivre à la rivalité Diomaye-Sonko ? Et si le parti éclate, à qui ça profite vraiment ?
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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