Colère sociale
Tunisie : trois décès, des gaz lacrymogènes et une colère sociale qui s'étend
Jeudi, la police a dispersé des manifestants à Ettadhamen, près de Tunis, et à Jebiniana, dans la région de Sfax, après trois décès aux circonstances contestées. Cinq jours après la plus grande manifestation contre Kaïs Saïed depuis des années, la rue ne retombe pas.
Tunis — Publié le 24 octobre 2026 à 06:57

Un homme interpellé pour trafic présumé de drogue meurt à Ettadhamen. Un autre meurt à Jebiniana, poursuivi, disent ses proches, par les forces de l'ordre. Une étudiante s'effondre à et l'ambulance tarde. En une journée, trois décès, trois récits, une même colère.
Jeudi 22 octobre, la police a tiré des gaz lacrymogènes à Ettadhamen, banlieue de , où des manifestants bloquaient les routes, brûlaient des pneus et jetaient des pierres près d'un poste de la Garde nationale, rapportent Al Jazeera et Reuters. À Jebiniana, dans le gouvernorat de Sfax, un véhicule a été incendié. À Sfax même, des étudiants ont manifesté et appelé à la grève vendredi dans les facultés.
Les versions divergent. La famille du détenu d'Ettadhamen accuse la police de l'avoir battu et exige que les responsables soient identifiés, alors que des médias locaux affirment qu'il est mort après avoir avalé de la drogue. Les proches de l'homme de Jebiniana disent qu'il est mort pendant qu'on le pourchassait. Pour l'étudiante de Sfax, décédée d'un problème cardiaque, ses camarades dénoncent l'arrivée tardive des secours et le manque de moyens médicaux. Les sources consultées ne font état d'aucune conclusion officielle sur ces trois cas.
L'étincelle est locale, le terreau est national. Samedi 17 octobre, des milliers de personnes, dont un cortège de l'UGTT, ont défilé à Tunis dans la plus grosse manifestation contre le président Kaïs Saïed depuis des années, selon Al Jazeera. Mercredi, un tribunal militaire a condamné l'opposante Olfa Hamdi à quatre ans de prison. L'agence APA parle d'un pouvoir autoritaire que la rue fragilise.
Tunis a longtemps passé pour l'exception du Printemps arabe. En 2050, ce seront des services publics qui fonctionnent, une ambulance qui arrive à temps et un commissariat qui rend des comptes qui diront si la promesse a tenu. Qu'est-ce qui retiendra encore la jeunesse tunisienne de redescendre massivement dans la rue ?
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