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La grande saison des pluies démarre à Abidjan avec des prévisions alarmantes : 1 500mm annoncés, 176 sites à risques, 1 000 ménages menacés à Cocody seul. 75 morts en 4 ans. Le gouvernement a investi — mais est-ce que ça suffira cette fois ?
Publié le 30 avril 2026 à 20:41 UTC+0

La grande saison des pluies 2026 a officiellement démarré à Abidjan. Et cette année, les alertes sont plus préoccupantes qu'à l'ordinaire.
La SODEXAM, l'agence météorologique ivoirienne, prévoit 1 500 millimètres de précipitations cette saison sur le District d'Abidjan — un volume que le ministre de l'Intérieur Vagondo Diomandé a lui-même qualifié de «dangereux». Le Littoral et le Sud-Ouest afficheront des cumuls excédentaires par rapport aux moyennes.
Le 22 avril 2026, le Préfet d'Abidjan a conduit une mission de terrain dans la commune de Cocody. Trois zones ont été identifiées comme critiques : Boussandougou et Kissangani (200 ménages, 1 000 personnes sous risque direct), Belleville-Allakro (300 ménages, 1 500 personnes), et le village Gobelet (500 ménages, 2 500 personnes installées sur des talus instables). Ce dernier avait déjà fait l'objet d'un déguerpissement en 2015. Les gens sont revenus s'installer.
Au total, le District d'Abidjan recense 176 sites classés à risque, dont 21 à Yopougon seul.
Les chiffres sont brutaux : 6 morts en 2025, 20 en 2024, 30 en 2023, 19 en 2022. Soixante-quinze personnes mortes en quatre ans dans une ville qui affiche une croissance économique de 6,6% et se présente comme la locomotive de l'Afrique de l'Ouest. Ces morts ne sont pas des accidents naturels. Ce sont des morts structurelles, produites par la combinaison d'une urbanisation non maîtrisée, d'une gestion insuffisante des eaux pluviales, et d'une occupation de zones dangereuses que ni les déguerpissements ni les campagnes de sensibilisation n'ont réussi à empêcher durablement.
Le gouvernement a lancé en 2026 le Projet d'assainissement et de résilience urbaine (PARU), financé à 315 millions de dollars par la Banque mondiale. Les chantiers de drainage dans la Riviera-Bonoumin à Cocody et à Yopougon-Maroc affichaient un taux d'achèvement de 90% fin mars. Des cuvettes ont été aménagées à Abobo. Un système d'alerte précoce mobilise 12 000 moniteurs dans 27 commissions régionales.
Mais la réalité de terrain reste têtue. Chaque année, de nouvelles constructions précaires apparaissent dans les zones libérées. Les caniveaux sont obstrués par des sachets plastiques. La pression démographique d'une ville de 6 millions d'habitants qui croît sans relâche dépasse la capacité des infrastructures à suivre.
La vraie question n'est pas «est-ce que le gouvernement fait quelque chose ?» il fait, et les investissements sont réels. La vraie question est : «à quelle vitesse les solutions arrivent-elles par rapport à la vitesse à laquelle le problème grossit ?»
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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