Fil info
InfoNouveau site, même voix.
InfoNouveau site, même voix.
- InfoNouveau site, même voix.
Les 14 et 15 mai 2026, Kigali accueille plus de 2 500 dirigeants, chefs d'État et investisseurs pour l'Africa CEO Forum. Thème : « Scale or fail ». Paul Kagame co-préside. Pendant ce temps, son armée est accusée de crimes de guerre en RDC devant la CADHP à Banjul. L'Afrique des affaires peut-elle changer d'échelle sans régler ses guerres ?
Publié le 14 mai 2026 à 09:28 UTC+0

Kigali brille. Les hôtels sont pleins, les salles de conférence climatisées, les badges nominatifs accrochés aux revers des costumes. 2 500 patrons, chefs d'État et investisseurs venus de 75 pays pour parler de la prochaine génération de champions africains. Et au milieu de tout ça, Paul Kagame.
L'Africa CEO Forum 2026 s'ouvre ce 14 mai au Kigali Convention Centre, sous le thème « The Scale Imperative : Why Africa Must Embrace Shared Ownership ». En clair : les entreprises africaines sont trop petites pour peser dans une économie mondiale où les blocs se consolident. Elles doivent fusionner, mutualiser, se fédérer. « Scale or fail », dit le slogan. Grandir ou mourir.
Le plateau est impressionnant. Bola Tinubu du Nigeria. Brice Clotaire Oligui Nguema du Gabon. Mamadi Doumbouya de Guinée. Robert Beugré Mambé pour la Côte d'Ivoire. Côté privé : Aliko Dangote, Aigboje Aig-Imoukhuede d'Access Holdings, James Mwangi d'Equity Bank, le président de la BAD Sidi Ould Tah. Dix ans après le lancement des négociations de la Zone de libre-échange continentale africaine, on attend des engagements concrets. Le commerce intra-africain stagne à 15 % du total des échanges du continent, contre 70 % en Europe. Le chiffre fait honte, mais il revient chaque année sans beaucoup changer.
Le problème n'est pas dans les discours. Le problème est dans la pièce d'à côté.
À Banjul, en Gambie, la 87e session de la Commission africaine des droits de l'homme et des peuples se tient au même moment. Le ministre congolais des Droits humains y a présenté des accusations de crimes de guerre contre l'armée rwandaise dans le Nord et le Sud-Kivu. Les allégations sont précises, documentées, répétées depuis des années par les groupes d'experts des Nations Unies. Kigali dément. Mais la RDC continue de mourir dans l'est pendant que Kagame co-préside le forum économique africain.
Cette tension n'est pas anodine. Elle pose une vraie question sur la nature du « capitalisme africain » qu'on veut construire. Peut-on bâtir des champions continentaux quand les corridors commerciaux sont coupés par des guerres dont certains des participants à ce forum sont parties prenantes ? Le rail Kampala-Kinshasa signé la semaine dernière entre la RDC et l'Ouganda passe par des zones encore contrôlées par des groupes armés. Le grand marché africain dont on rêve ici à Kigali est criblé de barrières qui ne sont pas tarifaires.
Amir Ben Yahmed, président de l'Africa CEO Forum, a résumé l'enjeu dans un entretien pré-forum : « Le continent ne manque ni de talents ni d'opportunités, mais il reste sous-dimensionné. » C'est juste. L'Afrique produit des matières premières qu'elle exporte brutes, des cerveaux qu'elle envoie en Europe, des profits qu'elle rapatrie vers des actionnaires étrangers. Elle consomme des technologies qu'elle n'a pas conçues et dépend de financements dont elle ne fixe pas les conditions.
La réponse à ce diagnostic ne se trouve pas seulement dans les fusions d'entreprises ou dans les accords de libre-échange. Elle se trouve aussi dans la capacité du continent à mettre fin aux conflits qui détruisent les routes, les marchés et la confiance entre pays voisins.
L'Afrique des affaires peut changer d'échelle. Mais pas sans l'Afrique de la paix.
Vous êtes entrepreneur ou investisseur en Afrique ? Qu'attendez-vous concrètement de ce forum pour votre secteur ?
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
Connectez-vous pour partager votre analyse sur cet article. Les contributions sont relues par la rédaction avant publication.
Chargement des commentaires…