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Dix ans après le lancement des négociations de la Zone de libre-échange continentale africaine, le commerce entre pays africains représente toujours à peine 15 % du total des échanges du continent. À Kigali pour l'Africa CEO Forum, les dirigeants africains tentent de comprendre pourquoi l'intégration piétine.
Publié le 14 mai 2026 à 09:42 UTC+0

La ZLECAf a dix ans. Elle était censée tout changer. Et le commerce intra-africain est toujours à 15 %.
Ce chiffre revient chaque année dans les forums économiques africains comme une accusation muette. L'Union européenne réalise environ 70 % de ses échanges commerciaux entre ses propres membres. L'Asie du Sud-Est approche les 25 %. L'Afrique, continent de 54 pays et 1,4 milliard d'habitants, commerce plus avec l'Europe et la Chine qu'avec elle-même.
C'est dans ce contexte qu'à Kigali, les 14 et 15 mai, les participants de l'Africa CEO Forum 2026 sont appelés à répondre à une question directe : comment passer de l'ambition à l'acte ? Le thème « Scale or fail » dit que le temps du diagnostic est passé. Il faut des entreprises africaines plus grandes, des capitaux communs, des alliances transfrontalières. Sidi Ould Tah, président de la Banque africaine de développement, est là pour parler de financement. Aliko Dangote pour parler d'industrie. James Mwangi d'Equity Bank pour parler de services financiers. Aigboje Aig-Imoukhuede pour parler de capital africain.
Mais les obstacles qui bloquent l'intégration africaine sont connus depuis longtemps. Les procédures douanières entre pays voisins sont parfois plus compliquées qu'un échange avec l'Europe. Les produits alimentaires transformés au Nigeria paient des taxes pour entrer au Ghana qui les découragent. Les services financiers d'Equity Bank au Kenya ne peuvent pas opérer simplement en Côte d'Ivoire. Les corridors routiers sont mal entretenus, les routes ferroviaires quasi inexistantes entre les sous-régions, les procédures de certification différentes d'un pays à l'autre.
La ZLECAf a le mérite d'exister. Ses protocoles sur les biens, les services et les investissements progressent. Des pays comme le Kenya, le Ghana et l'Éthiopie ont lancé des échanges pilotes. Mais la mise en œuvre réelle reste en deçà des ambitions affichées, parce qu'elle touche aux intérêts protectionnistes des industries locales, aux recettes douanières des gouvernements et aux structures politiques des États.
Ce que le Forum de Kigali peut faire, concrètement, c'est accélérer les engagements entre acteurs privés. Des fusions bancaires, des fonds d'investissement communs, des consortiums industriels panafricains. Ces initiatives privées précèdent parfois l'intégration institutionnelle. Equity Bank s'est développée dans 7 pays africains sans attendre que la ZLECAf soit pleinement opérationnelle. Dangote Cement est présent dans 10 pays. Le modèle existe.
La question n'est pas de savoir si l'Afrique peut s'intégrer. La question est de savoir à quelle vitesse ses dirigeants sont prêts à accepter les frictions politiques que cette intégration implique.
10 ans de ZLECAf. 15 % de commerce intra-africain. Le prochain forum aura lieu dans un an. Que faudra-t-il dire pour que ce chiffre soit enfin différent ?
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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