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Il a financé le génocide, s'est caché 26 ans, et la justice internationale n'a pas eu le temps de trancher. L'histoire devra se souvenir de ce qu'elle n'a pas réussi à faire.
Publié le 20 mai 2026 à 01:10 UTC+0

Il a financé le génocide, s'est caché 26 ans, et la justice internationale n'a pas eu le temps de trancher. L'histoire devra se souvenir de ce qu'elle n'a pas réussi à faire.
Félicien Kabuga, l'un des principaux suspects du génocide rwandais de 1994, est décédé à l'âge de 90 ans, selon les informations signalées le 19 mai 2026 par Africa Radio. Homme d'affaires rwandais, Kabuga était accusé d'avoir financé les Interahamwe, les milices hutues qui ont massacré environ 800 000 Tutsis et Hutus modérés en cent jours en 1994. Arrêté en France en 2020 après 26 ans de fuite, il comparaissait devant le Mécanisme résiduel des tribunaux de l'ONU à La Haye. Son état de santé avait conduit à la suspension de son procès. Il est mort avant qu'un verdict ne soit rendu.
26 ans de fuite. Ce chiffre mérite qu'on s'y arrête. Kabuga s'est caché en Europe, notamment en France, pendant plus d'un quart de siècle, avec de faux papiers, des complicités présumées et la lenteur des coopérations judiciaires. Son arrestation en 2020, présentée comme un aboutissement, s'est terminée par un non-lieu forcé par la mort. Pour les survivants du génocide, c'est une blessure supplémentaire : le principal bailleur de fonds présumé du massacre le plus rapide de l'histoire moderne s'en va sans avoir jamais entendu le mot "coupable" prononcé par un juge.
La question de la justice pour les génocides africains dépasse le cas Kabuga. Le Mécanisme résiduel de l'ONU a rendu des verdicts historiques, mais ses limites sont évidentes quand les suspects meurent avant la fin des procédures. La coopération internationale pour arrêter les fugitifs a été défaillante pendant des décennies. Et les survivants, eux, vieillissent et meurent aussi, sans avoir obtenu la reconnaissance judiciaire de ce qu'ils ont subi. Il y a quelque chose de profondément injuste dans cette équation.
La justice transitionnelle en Afrique reste un chantier ouvert. Rwanda 1994, Darfour, RDC : des crimes de masse ont été commis sur le continent, et les responsables n'ont pas tous répondu de leurs actes. L'Afrique de 2050 a besoin de mécanismes de justice continentale qui agissent vite, sans laisser les suspects mourir de vieillesse en liberté ou en détention préventive interminable.
30 ans après le génocide rwandais, comment l'Afrique peut-elle bâtir une justice continentale qui n'attende pas les tribunaux de La Haye ? Partage cette question.
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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