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22 ans. C'est le temps qu'il a fallu pour qu'une nouvelle plainte soit déposée, et chaque année sans jugement est une insulte supplémentaire aux victimes.
Publié le 20 mai 2026 à 01:07 UTC+0

22 ans. C'est le temps qu'il a fallu pour qu'une nouvelle plainte soit déposée, et chaque année sans jugement est une insulte supplémentaire aux victimes du 6 novembre 2004.
Le 19 mai 2026, selon Africa Radio, une nouvelle plainte a été déposée concernant le bombardement du camp militaire de Bouaké. Ce jour-là, deux avions de l'aviation ivoirienne avaient ouvert le feu sur le camp Desnoës, tuant 9 soldats français, en blessant 38 autres, et atteignant 62 civils dont des ressortissants américains. La riposte française avait détruit la flotte aérienne ivoirienne quelques heures plus tard. L'affaire judiciaire traîne depuis 22 ans sans verdict.
Ce qui rend ce dossier particulièrement douloureux, c'est la durée délibérée du processus. Les soldats français et leurs familles attendent un jugement depuis plus de deux décennies. Les civils ivoiriens et étrangers blessés dans la riposte française n'ont jamais obtenu de réparation formelle. La complexité politique de l'affaire, qui mêle le gouvernement Gbagbo de l'époque, la présence militaire française, et des responsabilités partagées et jamais clairement établies, a servi à repousser indéfiniment toute décision judiciaire.
Cette nouvelle plainte intervient dans un contexte ivoiro-français radicalement différent de celui de 2004. Les relations entre Abidjan et Paris ont évolué, les acteurs politiques ont changé, et la demande de justice se réinvente avec chaque génération. Pour les familles des victimes, déposer à nouveau une plainte, c'est refuser l'oubli institutionnel. C'est dire que le temps ne prescrit pas la responsabilité, et que les mémoires ne s'effacent pas parce que les gouvernants préfèrent passer à autre chose.
L'Afrique de demain se construit aussi sur la capacité à réclamer justice pour les traumatismes du passé sans que les liens diplomatiques l'en empêchent. Un continent qui accepte que ses dossiers judiciaires les plus sensibles restent ouverts indéfiniment par peur de froisser des partenaires extérieurs, c'est un continent qui renonce à une partie de sa propre dignité.
22 ans après, les familles des victimes de Bouaké méritent-elles enfin un verdict ? Partage cette question.
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Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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