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Une ressortissante nigériane comparaissait le 30 avril 2026 au tribunal du PPEF d'Abidjan pour avoir contraint des femmes à se prostituer à Agboville afin de rembourser une dette de 2 millions FCFA. Le procureur requiert 5 ans ferme.
Publié le 3 mai 2026 à 11:55 UTC+0

À Abidjan, un dossier de traite d’êtres humains à des fins de prostitution met en lumière une mécanique bien connue mais toujours aussi redoutable : le voyage financé, la dette imposée, puis l’exploitation. Le jeudi 30 avril 2026, le Pôle pénal économique et financier (PPEF) a examiné l’affaire de Bright Abraham, une ressortissante nigériane surnommée « Sexy », poursuivie pour trafic d’êtres humains à des fins de prostitution.
Selon les éléments rapportés à l’audience, la plaignante, identifiée sous le nom de Godness, aurait été recrutée au Nigeria avec la promesse d’un emploi honorable et bien rémunéré en Côte d’Ivoire. Le voyage aurait été entièrement pris en charge par la présumée recruteuse, avant que la victime ne se retrouve piégée dans un système où cette aide initiale devient une dette à rembourser par la prostitution.
Une fois arrivée en Côte d’Ivoire, la jeune femme aurait été conduite à Agboville, dans une maison close, où elle aurait été contrainte de se prostituer pour rembourser une dette fixée à 2 millions de FCFA. D’après le ministère public, elle aurait versé environ 200 000 FCFA par semaine à sa supposée recruteuse avant de parvenir à s’échapper.
Le dossier ne se limite pas à une seule victime. Une seconde ressortissante nigériane aurait également affirmé avoir été prise dans le même système et n’avoir retrouvé sa liberté qu’après remboursement de la somme exigée. À ce stade, la justice estime que d’autres jeunes femmes pourraient encore se manifester.
Devant le tribunal, Bright Abraham a rejeté les accusations, affirmant connaître la plaignante uniquement parce qu’elles auraient travaillé dans le même établissement à Agboville. Elle a nié avoir recruté qui que ce soit au Nigeria ou mis en place un quelconque réseau d’exploitation.
Mais le ministère public n’a pas retenu cette version. Estimant les faits suffisamment établis par l’enquête, le procureur a requis cinq ans d’emprisonnement ferme contre la prévenue. Le délibéré a été fixé au 28 mai 2026.
Cette affaire illustre une réalité qui dépasse le seul cadre judiciaire ivoirien. Entre le Nigeria et la Côte d’Ivoire, certains réseaux utilisent les mêmes ressorts : promesse d’emploi, financement du trajet, dette artificielle, confiscation de liberté, puis exploitation sexuelle. La dette n’est pas seulement un prétexte financier ; elle devient une arme de contrôle.
Le choix d’Agboville, loin du centre d’Abidjan, montre aussi comment ces réseaux s’installent dans des zones où les victimes sont plus isolées et donc plus vulnérables. Ce type de dossier rappelle que la traite d’êtres humains ne repose pas toujours sur la violence visible au départ : elle commence souvent par une promesse crédible.
À l’heure où l’Afrique parle de libre circulation, d’intégration régionale et de mobilité économique, cette affaire remet une vérité en face : sans protection juridique solide, la mobilité féminine reste une zone de danger. Une Afrique qui veut circuler doit aussi savoir protéger celles et ceux qui traversent ses frontières.
Pour la diaspora ouest-africaine, le message est clair : derrière certaines offres d’emploi trop belles pour être vraies, il peut y avoir des réseaux très organisés. La vigilance reste donc essentielle, surtout quand le rêve d’une vie meilleure se transforme en dette, puis en piège.
Et vous, pensez-vous que la justice ivoirienne doit aller plus loin dans la lutte contre ces réseaux transfrontaliers ?
Source image de couverture et crédits : Getty Images
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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