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Le 11 mai 2026, lors du concert de clôture du MASA à Abidjan, Tiken Jah Fakoly a refusé qu'une spectatrice monte sur scène pour lui remettre de l'argent. Sur NCI, il a ensuite expliqué sans détour : ces moments n'honorent pas l'artiste, ils servent ceux qui veulent se montrer devant le public.
Publié le 14 mai 2026 à 09:25 UTC+0

Il aurait pu sourire, accepter les billets, continuer le concert. Tiken Jah Fakoly a choisi de refuser. Et c'est ce refus qui a tout déclenché.
Le concert de clôture du Marché des Arts du Spectacle Africain 2026, à Abidjan, s'était bien passé. La salle était pleine, l'ambiance était là. Puis une spectatrice est montée sur scène pour remettre de l'argent au chanteur, comme la coutume le veut dans certains concerts en Afrique de l'Ouest. Tiken Jah a refusé. Geste sec, sans mot expliqué à ce moment. La séquence a été filmée, mise en ligne, et a suscité des réactions immédiates, entre soutien, indignation et incompréhension.
Deux jours plus tard, le 11 mai, Tiken Jah Fakoly s'est rendu sur le plateau de l'émission Show Buzz diffusée sur la Nouvelle Chaîne Ivoirienne. Il a d'abord dit qu'il avait retrouvé la spectatrice en coulisses après le concert pour s'excuser personnellement. Puis il a expliqué sa position, avec cette franchise qui le caractérise depuis trente ans de carrière : « Ce qui se passe, c'est que celui qui vient donner de l'argent le fait certes pour récompenser le travail de l'artiste, mais il vient aussi se montrer. Et moi, par exemple, ça me gêne qu'à un concert, on arrête le spectacle pendant 5 à 10 minutes simplement parce qu'il y a quelqu'un qui est venu se mettre en avant. Ils font croire qu'ils valorisent l'artiste, alors qu'en réalité, ils viennent aussi se valoriser eux-mêmes. »
La pratique qu'il dénonce porte un nom dans le milieu : le « travaillement ». Un mot qui dit déjà quelque chose sur ce qu'on attend de l'artiste; qu'il travaille, qu'il performe, qu'il reçoive. Mais Tiken pointe quelque chose de plus profond : cette pratique transforme le concert en spectacle social. L'artiste devient un accessoire de la mise en scène de ceux qui ont de l'argent à dépenser en public. Le public qui a payé son billet pour vivre une expérience musicale subit une interruption qui ne le concerne pas.
Ce débat ne date pas de cette semaine. Il traverse toute l'histoire du spectacle vivant en Afrique de l'Ouest. Dans certaines cultures, offrir de l'argent à un artiste en public est un geste de reconnaissance profondément enraciné, un acte de soutien communautaire. Dans d'autres lectures, c'est précisément ce que dit Tiken : une exhibition de statut qui détourne l'attention de la musique vers celui qui donne.
Ce qui donne du poids à sa prise de position, c'est qui il est. Tiken Jah Fakoly n'est pas un artiste qui a besoin de faire parler de lui. À 58 ans, avec une discographie qui a traversé les frontières et les décennies, avec un engagement politique et social constant depuis ses débuts à Odienné, il pouvait se taire et accepter les billets comme tout le monde. Il a choisi de poser une limite et de l'expliquer.
C'est peut-être ça, la vraie définition d'un artiste libre.
Vous avez déjà vu du « travaillement » à un concert ? Vous trouvez ça beau ou ça vous gêne comme Tiken ?
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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