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L'UEMOA existe depuis 30 ans, partage une monnaie commune et a aboli les droits de douane internes. Pourtant, le commerce intra-zone stagne sous 15%. Analyse des raisons structurelles de ce paradoxe et de ce qu'il faudrait vraiment changer.
Publié le 28 avril 2026 à 20:20 UTC+0

L'UEMOA (Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine) regroupe huit pays, partage une monnaie commune, le franc CFA, et existe depuis 1994. Plus de trente ans d'existence. Et pourtant, le commerce entre ses membres représente encore moins de 15% de leurs échanges totaux.
C'est le paradoxe d'une union qui sur le papier est l'une des plus intégrées d'Afrique, mais qui dans les faits peine à transformer cette intégration en développement réel pour ses populations.
Premier obstacle : les barrières non tarifaires. Oui, les droits de douane sont théoriquement supprimés entre les membres de l'UEMOA. Mais les postes de contrôle prolifèrent, les «tracasseries routières» coûtent des centaines de millions de dollars par an aux transporteurs, et les délais de transit restent très supérieurs à la norme internationale. Une marchandise qui va d'Abidjan à Bamako met en moyenne deux à trois fois plus de temps que la distance géographique ne le justifie.
Deuxième obstacle : la faible industrialisation croisée. Les pays de l'UEMOA exportent surtout des matières premières vers l'extérieur et importent des produits manufacturés de l'extérieur. Le commerce intra-zone est donc limité parce que les économies sont plus complémentaires avec le reste du monde qu'entre elles.
Troisième obstacle : la crise sécuritaire. Avec le Mali et le Burkina Faso sous pression terroriste et leurs ruptures institutionnelles, deux des huit membres de l'UEMOA sont devenus des zones à risque qui perturbent les corridors commerciaux régionaux.
L'accélération de la ZLECAf (Zone de Libre-Échange Continentale Africaine) pourrait créer des incitations nouvelles si les mécanismes de règlement des différends et de facilitation des échanges sont réellement mis en œuvre. La transformation locale des matières premières, engagée dans plusieurs pays, crée progressivement des produits finis échangeables en zone.
Mais le vrai levier, c'est l'investissement massif dans les infrastructures de transport : routes transfrontalières, chemins de fer régionaux, corridors logistiques. Sans ça, l'intégration restera un projet de juristes et d'économistes, pas une réalité pour les commerçants et les producteurs.
L'Afrique de 2050 ne peut pas se permettre trente autres années d'intégration en trompe-l'œil. Le temps de l'architecture est passé. C'est le temps de la construction.
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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