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Face aux accusations de xénophobie du Nigeria et du Ghana, le porte-parole de la présidence sud-africaine a déclaré le 6 mai que les pays africains devraient 's'attaquer à l'instabilité et à la mauvaise gouvernance' qui poussent leurs populations à émigrer. Une réponse qui a choqué le continent.
Publié le 7 mai 2026 à 22:33 UTC+0

L'Afrique du Sud doit sa liberté aux pays africains qu'elle accuse aujourd'hui de mal se gouverner. L'ironie est aussi douloureuse qu'elle est révélatrice.
Le 6 mai 2026, alors que de nouvelles manifestations anti-migrants se tenaient à Durban, le porte-parole de la présidence sud-africaine Vincent Magwenya a tenu une conférence de presse qui a immédiatement fait le tour du continent. Sa réponse aux accusations de xénophobie formulées par le Nigeria et le Ghana était claire : "Les Sud-Africains ne sont pas xénophobes. Ce que vous avez, ce sont des poches de protestation, qui sont autorisées par notre cadre constitutionnel." Il a ajouté que les pays africains devraient "s'attaquer à l'instabilité et à la mauvaise gouvernance qui poussent leurs populations à quitter leurs pays." Même ton du côté du président Ramaphosa, qui recevait ce même 6 mai son homologue mozambicain Daniel Chapo à Pretoria, assurant que les Sud-Africains ne sont "pas fondamentalement xénophobes."
Derrière ce discours officiel, la réalité documentée est celle de semaines de violences. Depuis fin mars 2026, des commerces ont été incendiés, des migrants pourchassés dans les rues à Durban, Johannesburg et Pretoria. Au moins deux ressortissants nigérians sont morts dans des circonstances impliquant des forces de sécurité sud-africaines. Plus de 130 Nigérians ont demandé des vols de rapatriement volontaire. Le Ghana a convoqué l'ambassadeur sud-africain à Accra. Les mouvements Operation Dudula et March and March continuent d'organiser des marches à travers le pays pour exiger l'expulsion de tous les étrangers, documentés ou non.
Ce qui rend la réponse de Pretoria particulièrement choquante pour de nombreux observateurs africains, c'est son contexte historique. L'Afrique du Sud a lutté pendant des décennies contre l'apartheid. Ce combat a été soutenu diplomatiquement, financièrement et humainement par le Nigeria, le Ghana, le Zimbabwe, le Mozambique et d'autres nations africaines qui ont accueilli les exilés de l'ANC et plaidé leur cause devant la communauté internationale. Ce sont les descendants de ces mêmes pays qui sont aujourd'hui pourchassés dans les rues de Johannesburg.
La réponse officielle de Pretoria est aussi une réponse électorale. Les élections locales sud-africaines sont prévues entre novembre 2026 et janvier 2027. Selon des sondages cités par IOL News, la méfiance envers les migrants africains a progressé de 62,6 % en 2021 à 73,1 % en 2025. Dans ce contexte, être perçu comme le défenseur des étrangers est électoralement risqué. Plusieurs partis politiques sud-africains exploitent ouvertement ce sentiment.
Ce que l'Afrique du Sud est en train de construire comme relation avec le reste du continent aura des conséquences durables sur l'intégration régionale, les investissements croisés et la crédibilité de Pretoria comme leader continental. On ne peut pas être la première puissance économique d'Afrique et traiter ses voisins comme des problèmes à expulser.
Pensez-vous que l'Afrique du Sud mérite encore de prétendre au leadership de l'Union africaine ?
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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