Fil info
InfoNouveau site, même voix.
InfoNouveau site, même voix.
- InfoNouveau site, même voix.
Depuis le début de la guerre Iran-USA, la zone UEMOA se fracture autour de la question des prix des carburants. Bénin, CI, Mali et Guinée-Bissau ont relevé leurs tarifs. Togo et Burkina absorbent le choc via des subventions. Une stratégie qui a un coût budgétaire croissant.
Publié le 8 mai 2026 à 09:42 UTC+0

Même espace monétaire. Même monnaie. Même franc CFA. Et pourtant, selon le pays où vous remplissez votre réservoir en Afrique de l'Ouest, vous payez l'essence entre 680 et 899 francs le litre. La guerre au Moyen-Orient a dessiné une nouvelle carte de l'injustice en Afrique de l'Ouest.
Depuis le déclenchement du conflit américano-iranien fin février 2026 et le blocage du détroit d'Ormuz, les prix mondiaux du Brent ont progressé d'environ 60 % par rapport à leur niveau d'avant-guerre. Dans la zone UEMOA, les gouvernements ont réagi de manières très différentes. D'un côté, les pays qui ont répercuté la hausse sur les consommateurs. De l'autre, ceux qui continuent d'absorber le choc en subventionnant les carburants au prix de leurs équilibres budgétaires.
Dans la première catégorie, la Côte d'Ivoire a relevé le litre de super sans plomb de 820 à 875 francs CFA au 1er mai, après avoir injecté plus de cent milliards de francs pour retarder cette décision. Le Bénin a fixé l'essence à 725 francs (+30 francs) et le gasoil à 750 francs depuis ce même 1er mai. Le cas le plus spectaculaire est celui du pétrole lampant béninois, passé de 639 à 1 040 francs, soit une hausse de 62 %, qui frappe directement les ménages modestes qui cuisinent et s'éclairent à la bonbonne. Le Mali a relevé l'essence de 775 à 875 francs dès mars 2026, et le gasoil de 725 à 940 francs, une hausse de 29 % sur ce seul poste. La Guinée-Bissau a procédé à deux révisions successives : l'essence y est désormais à 899 francs le litre.
Dans la deuxième catégorie, le Togo maintient l'essence à 680 francs le litre depuis décembre 2024, et son président a déclaré en mai vouloir "maintenir les prix à la baisse pour préserver le pouvoir d'achat." Le Burkina Faso n'a pas non plus modifié son tarif de 850 francs le litre, inchangé depuis trois ans.
Ces deux stratégies sont rationnelles à court terme et problématiques à long terme. Subventionner le carburant protège les ménages mais creuse les déficits publics à un moment où les conditions de financement se durcissent mondialement. Répercuter la hausse protège les finances publiques mais pèse sur les plus vulnérables et alimente l'inflation sur toute la chaîne : transport, alimentation, services.
La vraie question n'est pas de savoir qui a raison entre Lomé et Abidjan. La vraie question est de savoir jusqu'à quand l'Afrique de l'Ouest continuera d'importer du pétrole brut, de le faire raffiner à l'étranger, de le réimporter en carburant et de payer plein tarif pour le conflit de quelqu'un d'autre.
La raffinerie de Dangote au Nigeria, la plus grande d'Afrique, devrait changer cette équation. Mais elle ne peut pas alimenter toute l'Afrique de l'Ouest seule. Et pendant qu'on attend, les populations africaines paient.
À quel prix le litre d'essence est dans votre ville aujourd'hui ? Et pensez-vous que votre gouvernement a fait le bon choix entre subventionner ou répercuter ?
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
Connectez-vous pour partager votre analyse sur cet article. Les contributions sont relues par la rédaction avant publication.
Chargement des commentaires…