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Le 6 mai 2026, par décret lu à la télévision d'État, le président Salva Kiir a renvoyé le général Paul Nang, chef d'armée depuis octobre 2025, et Salvatore Garang Mabiordit, ministre des Finances depuis seulement trois mois. C'est le neuvième ministre des Finances limogé depuis 2020.
Publié le 8 mai 2026 à 10:03 UTC+0

Quand un chef d'État change de ministres comme d'habits, c'est que l'État lui-même est en train de se déshabiller.
Le 6 mai 2026, la South Sudan Broadcasting Corporation a diffusé un décret présidentiel qui n'a surpris personne et qui a pourtant tout dit. Salva Kiir, 74 ans, président du Soudan du Sud depuis l'indépendance de 2011, a renvoyé deux de ses plus hauts responsables en moins de vingt-quatre heures. Le général Paul Nang, chef d'état-major de l'armée depuis octobre 2025, a été remplacé par le général Santino Deng Wol. Salvatore Garang Mabiordit, ministre des Finances depuis le 23 février, soit à peine deux mois et demi, a lui aussi été démis de ses fonctions. Son successeur n'a pas encore été annoncé au moment où ces lignes sont écrites.
Ces deux limogeages sont les derniers d'une longue série qui illustre, sur le fond, une réalité que les analystes à Juba résument d'une formule : Kiir procède à des remaniements constants pour consolider son pouvoir dans un contexte d'incertitude successorale. Il s'agit du neuvième ministre des Finances limogé depuis 2020.
Neuvième. En six ans. Un pays de moins de douze millions d'habitants, l'un des plus pauvres du monde, a eu neuf ministres des Finances en six ans. Chaque remplacement est lu comme une tentative de Kiir de garder le contrôle sur un appareil d'État fragile, fragmenté et traversé de rivalités ethniques et politiques profondes.
Le contexte aggrave la lecture de ces décisions. La santé de Salva Kiir, dont l'état physique s'est visiblement dégradé ces derniers mois, nourrit les spéculations sur sa succession. Les élections nationales prévues fin 2026 sont encore loin d'être garanties. L'accord de paix de 2018, qui avait mis fin à cinq ans de guerre civile et fait des centaines de milliers de morts, peine à être mis en œuvre. L'unification des forces armées reste inachevée. La sécurité intercommunautaire continue de se dégrader dans plusieurs États. Et le pays, fortement dépendant du pétrole, subit de plein fouet la hausse des coûts d'importation liée à la guerre au Moyen-Orient.
Le porte-parole de l'armée, Lul Ruai Koang, a répondu aux questions sur ce limogeage avec une formule qui résume l'opacité du système : "Il existe une tradition selon laquelle, lorsqu'on est nommé ou réaffecté, on ne donne aucune raison. C'est standard." Une tradition de l'absence d'explication dans un pays qui a encore tant à expliquer à son propre peuple.
En 2050, si le Soudan du Sud veut exister comme nation cohérente, il lui faudra des institutions plus solides que la volonté d'un seul homme. L'instabilité d'aujourd'hui paie les fondations fragiles d'hier.
Combien de ministres des Finances faudra-t-il encore limoger avant que le Soudan du Sud trouve la stabilité économique que son peuple mérite ?
Source image de couverture : Actu Cameroun
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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