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Le 5 mai 2026, 205 nouvelles associations ont été suspendues au Burkina Faso, portant à 564 le total des structures mises à l'arrêt depuis la mi-avril. Parmi elles : des ONG de droits humains, de santé, d'éducation et de promotion des droits des femmes. Ibrahim Traoré resserre l'étau.
Publié le 7 mai 2026 à 23:02 UTC+0

En moins d'un mois, 564 associations ont disparu de la vie civile burkinabè. Ce n'est pas un accident administratif. C'est une politique.
Le 5 mai 2026, le ministre d'État burkinabè de l'Administration territoriale et de la Mobilité, Émile Zerbo, a signé un arrêté suspendant 205 nouvelles associations. La justification officielle est toujours la même : "non-renouvellement des instances conformément à leurs statuts et règlement intérieur et à la loi en vigueur." Ce motif s'appuie sur la loi du 17 juillet 2025 promulguée par le capitaine Ibrahim Traoré, qui encadre les libertés d'association, les ONG et les syndicats. Cette loi réaffirme formellement la liberté d'association tout en la subordonnant à des obligations strictes de déclaration, de conformité administrative et de contrôle, avec des sanctions pouvant aller jusqu'à la dissolution.
Ce 5 mai n'est pas une première. C'est l'acte le plus récent d'une série qui a déjà produit, depuis la mi-avril, 118 associations dissoutes et 359 suspendues. Le total, au 6 mai, dépasse les 564 structures mises hors d'état de fonctionner. Parmi elles, des organisations actives dans la défense des droits humains, la promotion de la santé maternelle, l'éducation des filles dans les zones rurales, la défense des droits des femmes et le soutien aux populations déplacées. Des organisations dont le travail, dans un pays en guerre depuis plus d'une décennie, est tout simplement vital pour des milliers de personnes.
La lecture que font les observateurs est sans ambiguïté. Human Rights Watch a dénoncé l'utilisation de cette loi comme outil de "répression généralisée de la société civile." Reporters Sans Frontières a également documenté le cas du journaliste Atiana Serge Oulon, détenu en secret selon l'organisation. Le 6 mai, Burkina Faso a aussi interdit la diffusion de TV5 Monde sur son territoire, une décision que RSF a qualifiée d'atteinte à la liberté d'information. La chaîne avait été suspendue une première fois en 2023 avant d'être réautorisée.
La logique de la junte est celle de toutes les juntes en difficulté : quand la guerre va mal et que la population commence à douter, on resserre. On supprime les espaces où la critique peut s'organiser, les associations qui documentent les exactions, les médias qui racontent ce que les communiqués officiels taisent.
Le problème est que cette logique est aussi auto-destructrice. Une société civile vivante est précisément ce qui permet à un Etat de maintenir le lien avec ses populations dans les zones que l'armée ne contrôle plus. En l'éteignant, Ibrahim Traoré ne renforce pas son pouvoir. Il creuse son propre isolement.
En 2050, l'Afrique qui aura réussi sa transition sera celle qui aura su préserver ses espaces civiques. Pas celle qui les aura étouffés.
Combien d'associations faudra-t-il encore dissoudre avant que le monde prenne la mesure de ce qui se passe au Burkina Faso ?
Source image de couveture : DW
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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