Fil info
InfoNouveau site, même voix.
InfoNouveau site, même voix.
- InfoNouveau site, même voix.
Le 2 mai 2026, le ministre Djibril Ouattara a annoncé officiellement le projet d'une IA ivoirienne intégrant la culture, les langues locales et l'économie du pays. Budget : 1 milliard de dollars sur 30 ans. Révolution ou ambition démesurée ?
Publié le 5 mai 2026 à 10:33 UTC+0

L'Afrique ne sera plus seulement un marché pour les algorithmes des autres. Du moins, c'est ce que promet Abidjan.
Le 2 mai 2026, en marge du FEMUA 18, le Festival des musiques urbaines d'Anoumabo, le ministre ivoirien de la Transition numérique et de l'Innovation technologique, Djibril Ouattara, a frappé fort. Le gouvernement d'Alassane Ouattara a officiellement annoncé le projet de développer une intelligence artificielle souveraine, pensée et construite à partir des réalités de la Côte d'Ivoire. Une IA qui parle Baoulé et Dioula. Une IA qui connaît le droit ivoirien, le marché du cacao, les habitudes de consommation d'Abidjan. Une IA qui, selon les termes du ministre lui-même, ne soit pas une simple copie des modèles californiens.
Le chiffre donné est colossal : plus d'un milliard de dollars sur trente ans. Un datacenter de grande capacité est déjà en cours de construction à Grand-Bassam. La formation aux nouvelles technologies débutera dès l'école primaire sur l'ensemble du territoire national.
L'enjeu dépasse la seule technologie. Aujourd'hui, le continent africain ne représente qu'environ 1 % de la capacité de calcul mondiale en matière d'intelligence artificielle. En 2030, le marché mondial de l'IA devrait dépasser 2 000 milliards de dollars. Rester simple consommateur de solutions étrangères, c'est accepter une nouvelle dépendance : non plus sur le coton ou le cacao, mais sur les données et les algorithmes.
L'initiative ivoirienne n'est pas isolée. Au Maroc, au Rwanda, au Kenya, au Nigeria, des feuilles de route nationales sur l'IA se multiplient. Mais la CI fait le pari d'une approche culturelle et linguistique inédite, tenant compte des 60 langues parlées sur le territoire. Pas une IA générale copiée sur ChatGPT, mais un outil ancré dans le quotidien des Ivoiriens.
Les défis sont réels. La disponibilité des données structurées, la qualité des infrastructures, la formation des ingénieurs locaux, la capacité budgétaire de l'État dans un contexte de pression fiscale : tout cela devra être résolu avant que la promesse ne devienne réalité. Le ministre a lui-même reconnu l'ampleur du chantier.
Si la Côte d'Ivoire réussit, elle ne sera plus seulement la première économie d'Afrique de l'Ouest par le PIB. Elle sera le laboratoire d'une souveraineté numérique africaine dont tout le continent a besoin.
Et si elle n'y arrive pas, la question restera entière : qui écrira le futur algorithmique de l'Afrique ?
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
Connectez-vous pour partager votre analyse sur cet article. Les contributions sont relues par la rédaction avant publication.
Chargement des commentaires…