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Par décret présidentiel du 4 mai 2026, Paul Biya transforme Eneo en Société Camerounaise d'Électricité (SOCADEL), à capital public. L'État actionnaire unique. Mais la dette du secteur atteint 800 milliards FCFA. Succès ou gouffre annoncé ?
Publié le 5 mai 2026 à 10:22 UTC+0

Un mot, trois syllabes, un changement d'époque : SOCADEL.
Le 4 mai 2026, par décret présidentiel, Paul Biya a officiellement transformé Eneo Cameroon S.A. en Société Camerounaise d'Électricité, l'État du Cameroun devenant actionnaire unique. Ce n'est pas simplement un changement de nom. C'est l'épilogue d'un processus de reconquête engagé fin 2025, quand Yaoundé avait racheté les 51 % de parts détenues par le fonds britannique Actis pour 78 milliards FCFA, portant sa participation à 95 %.
L'histoire d'Eneo est celle de beaucoup d'entreprises africaines : privatisée en 2001 au profit de l'américain AES Corporation, rachetée en 2014 par le fonds Actis qui l'a rebaptisée, puis finalement récupérée par l'État camerounais. Cinq actes en un demi-siècle, depuis la SONEL née en 1974 jusqu'à la SOCADEL de 2026. Chaque changement de mains s'est accompagné de promesses. Aucune n'a résolu le problème fondamental : les Camerounais subissent des coupures d'électricité chroniques depuis des décennies.
Le décret est précis. Le capital de la SOCADEL est fixé à 43,9 milliards FCFA. Le siège reste à Douala. La société hérite de la convention de concession accordée à Eneo, ainsi que de l'ensemble de ses actifs et engagements. Et c'est là que réside le risque majeur : la dette globale du concessionnaire avoisine 800 milliards FCFA, dont plus de 500 milliards dus aux fournisseurs. L'État ne rachète pas seulement une entreprise, il reprend aussi un passif colossal.
Un détail mérite attention : la SOCADEL n'est pas assujettie au Code des marchés publics, ce qui soulève des questions de transparence. Antoine Ntsimi, ancien ministre des Finances, figure parmi les membres nommés au conseil d'administration.
Ce que fait le Cameroun résonne bien au-delà de ses frontières. En Côte d'Ivoire, les délestages persistent. Au Sénégal, la SENELEC fait face aux mêmes défis. Au Nigeria, la privatisation du secteur électrique n'a pas tenu ses promesses. La question posée est universelle : l'État africain est-il en meilleure position que le privé pour gérer l'électricité, ou reproduit-il simplement les mêmes erreurs avec de l'argent public ?
En 2050, 2,5 milliards d'Africains auront besoin d'électricité fiable pour étudier, travailler et soigner. La réponse du Cameroun sera un test grandeur nature pour tout le continent.
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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