Le 6 mai 2026, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris a annulé le non-lieu prononcé en 2025 en faveur d'Agathe Habyarimana, 83 ans, veuve du président rwandais assassiné en 1994. L'enquête pour complicité de génocide et crimes contre l'humanité se poursuit. Dix-neuf ans après son ouverture.
Publié le 7 mai 2026 à 23:14 — mis à jour le 29 septembre 2026 à 22:56

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Dix-neuf ans d'instruction. Un non-lieu annulé. Et une femme de 83 ans qui n'a toujours pas été mise en examen. La justice française et le génocide rwandais, une relation que le temps n'a pas simplifiée.
Le 6 mai 2026, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris a rendu une décision attendue depuis plusieurs mois. Elle a infirmé le non-lieu prononcé en août 2025 par deux juges d'instruction parisiennes en faveur d'Agathe Habyarimana, veuve du président hutu Juvénal Habyarimana dont l'assassinat le 6 avril 1994 avait déclenché les massacres contre la minorité tutsi. D'avril à juillet 1994, le génocide a fait, selon les estimations des Nations Unies, 800 000 morts, Tutsi et Hutu modérés, tués par les Forces armées rwandaises et les milices Interahamwe.
Agathe Habyarimana est visée depuis 2007 par une information judiciaire ouverte à la suite d'une plainte du Collectif des parties civiles pour le Rwanda. Depuis 2016, elle est placée sous le statut de témoin assisté et n'a jamais été mise en examen par les juges d'instruction, contrairement à ce que demandait le Parquet national antiterroriste. En août 2025, les deux juges avaient estimé qu'il n'existait pas de "charges suffisantes" pour la considérer comme complice ou auteure d'actes génocidaires. Pour elles, elle apparaissait davantage comme "victime de l'attentat terroriste" dans lequel son mari avait péri.
Le PNAT avait immédiatement fait appel, suivi par les quatre associations parties civiles. La cour d'appel leur a donné raison. Le parquet avait démontré, selon ses arguments, des "indices graves ou concordants" de sa participation au "but génocidaire" et à "l'objectif de tuer un nombre conséquent de Tutsi." Il s'appuyait notamment sur son appartenance présumée à l'"Akazu", ce premier cercle du pouvoir hutu accusé d'avoir orchestré les massacres.
Les réactions divergent radicalement. Patrick Baudouin, avocat de la Fédération internationale pour les droits humains, a salué "une victoire pour la vérité, pour la justice et contre une impunité qui prévalait depuis des années." Philippe Meilhac, avocat d'Agathe Habyarimana, a dénoncé un dossier "vide" et prononcé une phrase qui résonne : "Cela pourrait arranger, quelque part, beaucoup de monde, que ce soit à Kigali ou à Paris, qu'elle décède en tant que témoin assisté."
L'instruction devra donc reprendre. Agathe Habyarimana a été exfiltrée en Europe avec sa famille le 9 avril 1994, à la demande du président François Mitterrand. La France a refusé de l'extrader au Rwanda sans lui accorder l'asile. Depuis 2014, huit Rwandais ont été condamnés en France pour leur implication dans le génocide.
Dans 30 ans, quand tous les témoins directs seront partis, que restera-t-il de la possibilité de rendre justice aux victimes d'un génocide ? Et la lenteur judiciaire est-elle, elle aussi, une forme d'impunité ?
Source image de couverture : France Info
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