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Depuis le 1er mai 2026, le parquet militaire malien multiplie les arrestations parmi les militaires et les acteurs politiques accusés de complicité dans les attaques du 25 avril. L'avocat Mountaga Tall a été enlevé le 2 mai. L'opposant Oumar Mariko est cité. La junte serre les rangs.
Publié le 7 mai 2026 à 23:21 UTC+0

Quand une armée perd la guerre dehors, elle cherche les traîtres dedans. C'est vieux comme les défaites militaires. Et c'est dangereux.
Le 1er mai 2026, le parquet militaire de Bamako a annoncé l'ouverture d'une enquête sur les attaques coordonnées du 25 avril, qui ont visé six villes maliennes et coûté la vie, entre autres, au ministre de la Défense Sadio Camara. Les premières investigations ont révélé, selon le parquet, "des éléments solides de complicité" impliquant des militaires, accusés d'avoir participé à "la planification, la coordination et l'exécution" de ces attaques. Des acteurs politiques sont également nommément cités, dont l'opposant en exil Oumar Mariko, ancien député et ancien candidat à la présidentielle malienne.
Dans la nuit du 2 mai, Me Mountaga Tall, l'un des avocats les plus engagés de la résistance juridique contre les dérives de la junte, a été enlevé à son domicile de Faladié, à Bamako, par des hommes encagoulés. Sa famille a porté plainte pour enlèvement. Au 7 mai, il reste introuvable. Amnesty International a exigé sa libération immédiate, précisant que si cet enlèvement impliquait des agents de l'État, il constituait une disparition forcée et exposait l'avocat à un risque élevé de mauvais traitements. Le Barreau du Mali a également demandé sa libération.
Ce qui frappe dans cette vague d'arrestations et d'enlèvements, c'est sa logique systémique. Me Tall était l'avocat de plusieurs militaires arrêtés par la junte pour "tentative de déstabilisation des institutions." Il avait contesté devant les tribunaux la dissolution des partis politiques. Oumar Mariko, lui, est en exil et ses déclarations publiques critiques envers la junte lui valent d'être présenté comme un suspect de complicité dans les attaques. Cette logique de criminalisation de l'opposition politique et des défenseurs juridiques n'est pas nouvelle dans les juntes. Mais elle s'accélère quand ces juntes sont fragilisées militairement, comme l'est aujourd'hui celle d'Assimi Goïta.
La prise de Kidal, Tessalit et Aguel'hoc par les rebelles du FLA et leurs alliés jihadistes est une déroute que la junte ne peut pas masquer indéfiniment. La rhétorique de la reconquête, du "violent coup d'arrêt donné aux assaillants" proclamé par Goïta le 28 avril, ne tient pas face aux images de soldats maliens faits prisonniers et de combattants russes évacués sous escorte des rebelles. Alors, on cherche les traîtres. On arrête. On enlève. Et l'État de droit, déjà fragile, recule encore.
Dans quelle direction le Mali est-il en train d'aller ? Et qui, parmi les acteurs internationaux, a encore les moyens ou la volonté d'influer sur ce cours ?
Source image de couverture : TV5 Monde
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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