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Les 11 et 12 mai 2026, des économistes d'Afrique et d'Asie se sont réunis à Dakar pour débattre d'alternatives aux politiques d'austérité du FMI face à la dette vertigineuse du Sénégal. Ousmane Sonko y a participé le 12 mai. L'économiste Demba Moussa Dembélé a lâché cette phrase : « 45 ans que le FMI est au Sénégal. Rien n'a changé. »
Publié le 13 mai 2026 à 14:12 UTC+0

Quarante-cinq ans. C'est le temps qu'il a fallu à Demba Moussa Dembélé pour formuler ce qui pourrait être l'épitaphe de toute une époque de la politique économique africaine.
Les 11 et 12 mai 2026, Dakar accueillait un forum international d'économistes et d'experts venus d'Afrique et d'Asie pour réfléchir à des alternatives aux politiques d'austérité imposées par les institutions financières internationales dans le contexte de la crise de la dette sénégalaise.
Ce forum, conçu comme un prélude à une conférence plus large, avait pour objectif avoué de produire des propositions alternatives à celles du FMI et de la Banque mondiale, que le Premier ministre Ousmane Sonko était attendu pour entendre le 12 mai.
La situation financière du Sénégal est, selon les termes des participants, « vertigineuse ». La dette publique dépasse des niveaux qui posent la question de sa soutenabilité à moyen terme. Les révélations de 2024 sur l'état réel des finances publiques, qui avait conduit à revoir à la baisse plusieurs indicateurs macroéconomiques, ont laissé des traces dans la confiance des marchés et des partenaires internationaux. Le FMI est présent dans le pays à travers des programmes de soutien depuis des décennies.
C'est précisément ce point que Demba Moussa Dembélé, économiste et chercheur de long cours sur les questions de développement africain, a mis au cœur de son intervention : « Cela fait plus de 45 ans que le FMI est présent au Sénégal. L'institution a proposé des solutions qui n'ont pas fonctionné : l'austérité et le blocage budgétaire des investissements publics contribuent à aggraver la crise économique. Il faut sortir de cela. » Pour lui, la restructuration de la dette, c'est-à-dire la renégociation des conditions d'emprunt avec les créanciers, constitue une alternative légitime et nécessaire, même si elle est politiquement et diplomatiquement complexe.
Sonko, qui a hérité d'une situation économique difficile depuis l'arrivée au pouvoir du duo PASTEF en 2024, doit naviguer entre les exigences des marchés financiers internationaux, les engagements pris vis-à-vis des institutions multilatérales et les promesses sociales faites à une jeunesse sénégalaise qui a voté massivement pour le changement.
Ce forum s'inscrit dans une tendance plus large : depuis quelques années, une génération d'économistes africains, formés dans les meilleures universités du monde, remet en question les dogmes du consensus de Washington non pas avec des slogans mais avec des données, des modèles et des propositions alternatives sérieuses. Cette contestation intellectuelle monte, de Dakar à Nairobi en passant par Addis-Abeba et Kigali.
La vraie question n'est pas de savoir si le FMI a eu tort pendant 45 ans. La vraie question est de savoir si l'Afrique de 2026 est prête à construire ses propres institutions financières et ses propres modèles de financement du développement. Et si cette fois, les mots prononcés à Dakar déboucheront sur des actes.
Pensez-vous que le Sénégal peut se sortir de sa crise de la dette sans passer par les conditions du FMI ? Quelles alternatives vous semblent crédibles ?
Source image de couverture : RFI
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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