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Les 4 et 6 mai 2026, Boko Haram a mené deux attaques meurtrières dans la province du Lac, tuant au moins 26 soldats tchadiens. Le gouvernement a décrété l'état d'urgence pour 20 jours dès le 7 mai à minuit, frontières fermées, couvre-feu instauré. Trois jours de deuil national.
Publié le 8 mai 2026 à 09:24 UTC+0

Le Sahel ne brûle pas seulement au Mali. Le Tchad saigne lui aussi. Et cette fois, la flamme menace de tout consumer.
Les 4 et 6 mai 2026, la province du Lac, à l'ouest du Tchad, a été frappée par deux attaques coordonnées de la secte jihadiste Boko Haram. Le bilan officiel fait état d'au moins vingt-six soldats des Forces de défense et de sécurité tchadiennes tués, et de plusieurs blessés. Dans la soirée du 7 mai, le gouvernement du Premier ministre Allah Maye Halina a signé le décret n°0836/PR/PM/MAACVG/2026 : l'état d'urgence est désormais en vigueur dans la province du Lac du 7 mai 2026 à minuit au 27 mai 2026 à minuit. Les frontières sont fermées. Un couvre-feu est instauré. Les autorités locales disposent de pouvoirs élargis. Trois jours de deuil national ont été décrétés en mémoire des soldats tombés.
Le Premier ministre a réuni en urgence les cadres et ressortissants de la province du Lac pour une séance d'échanges consacrée à la situation sécuritaire. Dans son intervention, il a souligné que la réponse du gouvernement repose sur une approche globale : combattre le terrorisme par la force, mais aussi éliminer ses causes profondes, notamment la précarité et le manque de perspectives pour les populations. Il a rappelé l'intégration de plusieurs projets structurants dans le Plan National de Développement « Tchad connexion 2030 ».
Ce qui rend cet épisode particulièrement saisissant, c'est le contexte politique dans lequel il s'inscrit. L'opposant Succès Masra, chef du mouvement Les Transformateurs et ancien ministre, purge depuis août 2025 une peine de vingt ans de prison dans un dossier largement dénoncé comme politique par Human Rights Watch. Depuis sa cellule, il a tout de même choisi d'appeler à l'unité nationale face à la menace jihadiste, assortissant son message d'un avertissement clair : aucune victoire durable contre le terrorisme ne peut être obtenue dans un pays politiquement crispé, où des voix sont réduites au silence. Sa formule résume le dilemme du pouvoir à Ndjamena : peut-on demander à un peuple de mourir pour un État qui emprisonne ses opposants ?
La province du Lac est l'une des zones les plus touchées par Boko Haram depuis plus d'une décennie. Frontalière du Nigeria, du Niger et du Cameroun, elle constitue un carrefour stratégique que le groupe jihadiste exploite régulièrement pour frapper puis se replier dans des zones marécageuses difficiles d'accès. Les populations civiles, prises en étau, subissent les conséquences de cette guerre sans discontinuer depuis 2015.
En 2050, si rien ne change structurellement dans les politiques de développement du bassin du Lac Tchad, si la pauvreté et l'absence de perspectives continuent d'alimenter les rangs des jihadistes, ces mêmes scènes de deuil et de couvre-feu se répéteront encore et encore. La vraie guerre au Sahel n'est pas seulement militaire. Elle est économique, sociale et politique.
Peut-on gagner une guerre contre le jihadisme avec un gouvernement qui emprisonne ses propres opposants politiques ?
Source image de couverture : France24 / AFP archives
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Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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