Fil info
InfoNouveau site, même voix.
InfoNouveau site, même voix.
- InfoNouveau site, même voix.
Le 7 mai 2026, l'ONG Avocats sans frontières annonce la suspension forcée de ses activités en Tunisie. Le même jour, l'ONU appelle Tunis à mettre fin à la répression. Noureddine Bhiri, opposant, a été condamné à 20 ans de prison. La Tunisie, qui rêvait d'être un modèle démocratique, devient un exemple à ne pas suivre.
Publié le 8 mai 2026 à 09:17 UTC+0

La Tunisie avait rêvé d'être la lumière de la démocratie arabe. Elle est en train de devenir son obscurité.
Le 7 mai 2026, l'organisation non gouvernementale Avocats sans frontières a annoncé la suspension forcée de l'ensemble de ses activités en Tunisie. Dans un communiqué, elle a qualifié cette décision d'"atteinte injustifiée à la liberté d'action." Le même jour, sans coordination apparente mais avec une synchronie qui dit tout, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme a publié un appel demandant à Tunis de "mettre fin à la répression de la société civile et des journalistes." Dans le même mouvement de cette journée du 7 mai, Noureddine Bhiri, figure historique du mouvement Ennahdha et ancien ministre de la Justice, a été condamné à vingt ans de prison par un tribunal tunisien.
Kaïs Saïed, président de la Tunisie depuis 2019 et détenteur de tous les pouvoirs depuis son coup d'État constitutionnel de juillet 2021, a progressivement éliminé tous les contre-pouvoirs. Il a dissous le Parlement. Il a réécrit la Constitution pour concentrer les prérogatives entre ses mains. Il a procédé à l'arrestation de juges, de journalistes, de politiciens, d'universitaires et de militants associatifs. Il a instauré un régime où la société civile est systématiquement présentée comme un vecteur d'ingérence étrangère.
La Tunisie de 2011 avait été le pays du Printemps arabe, le seul à avoir réussi une transition démocratique durable. La Tunisie de 2026 a effacé cette décennie de progrès. Les mêmes mécanismes d'oppression que les Tunisiens avaient renversés sous Ben Ali sont revenus, emballés dans un discours souverainiste et anti-corruption qui a séduit une partie de la population épuisée par les difficultés économiques.
Pour l'Afrique, la Tunisie est un miroir. Elle rappelle que la démocratie n'est jamais acquise, que les droits ne se maintiennent pas seuls sans une société civile vivante et des institutions indépendantes. Et que quand on commence à faire taire les avocats, les journalistes et les juges, on ne tarde pas à n'entendre plus que la voix du pouvoir.
Est-ce que l'Afrique du Nord peut encore produire des démocraties stables ? Et si oui, qui en sera le prochain exemple ?
Source image de couverture : AFP
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
Connectez-vous pour partager votre analyse sur cet article. Les contributions sont relues par la rédaction avant publication.
Chargement des commentaires…