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La Division spéciale de cybersécurité sénégalaise a annoncé l'arrestation d'un suspect à Touba, accusé d'avoir combiné voyance en ligne, escroquerie mystique et chantage sexuel numérique pour extorquer des victimes. Une affaire qui révèle comment la cybercriminalité africaine s'hybride avec des pratiques culturelles locales.
Publié le 14 mai 2026 à 09:33 UTC+0

Il avait compris quelque chose que beaucoup de cybercriminels ordinaires n'ont pas vu : pour escroquer efficacement, il faut parler la langue de ses victimes. Pas seulement leur langue vernaculaire. Leur langue intérieure, leurs peurs, leurs croyances, leurs désirs cachés.
La Division spéciale de cybersécurité du Sénégal a annoncé l'arrestation d'un suspect à Touba, la ville sainte du mouridisme, capitale spirituelle d'une confrérie sénégalaise qui compte des millions de fidèles en Afrique et dans la diaspora mondiale. L'accusé est présenté comme l'auteur d'un schéma d'escroquerie qui combine trois éléments : de la voyance en ligne, des pratiques mystiques présentées comme des services spirituels, et du chantage sexuel numérique à l'encontre des victimes.
Le mode opératoire, tel que rapporté, est structuré. Il contacte des victimes potentielles en se présentant comme un marabout ou un guide spirituel capable de résoudre des problèmes de vie, mariage, santé, travail, chance. Il engage une relation de confiance, souvent longue. Puis il fait basculer la relation vers du contenu intime sous prétexte de rituels ou d'invocations. Une fois ce contenu obtenu, le chantage commence.
Ce type de schéma n'est pas entièrement nouveau. La fraude mystique existe en Afrique de l'Ouest depuis bien avant internet. Ce qui change avec le numérique, c'est l'échelle, la distance et l'anonymat. Un escroc à Touba peut cibler des victimes à Abidjan, à Paris, à New York ou à Montréal sans avoir besoin de se déplacer. Les communautés de la diaspora, coupées de leurs repères religieux locaux et parfois plus vulnérables à des sollicitations spirituelles venant du pays d'origine, sont particulièrement exposées.
La Division spéciale de cybersécurité sénégalaise, créée ces dernières années pour répondre à l'augmentation des infractions numériques, a vu son champ d'action s'élargir régulièrement. Elle traite aujourd'hui des affaires qui auraient autrefois relevé du commissariat de quartier mais qui se déroulent maintenant sur des plateformes cryptées, via des numéros de téléphone virtuels et des applications de messagerie.
Cette arrestation à Touba est un signal sur l'état de la cybercriminalité en Afrique de l'Ouest. Elle ne ressemble pas aux grands schémas de fraude internationale au président ou aux arnaques aux billets d'avion des années 2010. Elle est locale dans ses références, personnalisée dans ses méthodes et d'autant plus difficile à détecter qu'elle parle une langue culturelle que les algorithmes de détection de fraude ne comprennent pas encore.
Vous avez été contacté par ce type de « service » spirituel en ligne ? Parlez-en dans vos cercles de confiance. Ce genre d'arnaque prospère surtout dans le silence.
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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