Fil info
InfoNouveau site, même voix.
InfoNouveau site, même voix.
- InfoNouveau site, même voix.
Le 28 avril 2026, Kaïs Saïed a limogé sa ministre de l'Énergie le jour même où le Parlement débattait de lois accordant des concessions solaires à des entreprises étrangères sur 30 ans. Un député a crié «colonisation énergétique». Le grand débat africain est ouvert.
Publié le 29 avril 2026 à 18:35 UTC+0

Le 28 avril 2026, la ministre tunisienne de l'Énergie et de l'Industrie, Fatma Thabet Chiboub, a été limogée par le président Kaïs Saïed, sans explication officielle, par simple communiqué de la présidence. La date n'est pas un hasard : ce même jour, le Parlement tunisien examinait cinq projets de loi accordant des concessions à des entreprises étrangères pour installer des centrales solaires sur le sol tunisien.
Selon ces textes, les groupes étrangers pourraient exploiter l'électricité produite sur une durée de 20 ans, renouvelable une fois pour 10 ans supplémentaires, sous un régime d'exemption fiscale les cinq premières années. L'électricité produite serait vendue à la société d'État STEG. L'objectif affiché : 600 MW de nouvelles capacités solaires, avec un démarrage en 2026 et une mise en service avant fin 2027.
Sur le papier, c'est une solution pragmatique pour un pays qui importe une partie de son énergie et dont les accords gaziers avec l'Algérie expireront en 2027 et 2029. Dans les faits, c'est devenu une bombe politique.
Le député Bilel El Mechri a sonné l'alarme : «une colonisation énergétique». Sa formule a fait mouche. Des syndicalistes ont rejoint les critiques. Sur les réseaux sociaux tunisiens, le hashtag «La Tunisie vend son soleil» est devenu viral en quelques heures.
L'argument est puissant dans sa simplicité : la Tunisie dispose de plus de 3 000 heures d'ensoleillement par an; l'une des meilleures ressources solaires de la Méditerranée. Laisser des entreprises étrangères exploiter cette ressource pendant 30 ans, avec des exemptions fiscales, c'est vendre son patrimoine naturel à prix bradé, disent les opposants.
La Tunisie n'est pas seule dans ce dilemme. Toute l'Afrique fait face à la même équation : elle a les ressources naturelles (soleil, eau, minerais, pétrole) mais pas toujours les capitaux ni les technologies pour les exploiter seule. Accepter les investissements étrangers, c'est se développer plus vite mais au risque de reproduire des logiques de dépendance. Les refuser, c'est préserver la souveraineté mais ralentir la transition énergétique.
La question que Tunis pose ce 29 avril est exactement celle que Dakar pose avec son pétrole, qu'Accra pose avec ses mines, que Kinshasa pose avec son cobalt : à qui appartient vraiment la richesse africaine ?
Selon toi, l'Afrique doit-elle accepter les investissements étrangers dans ses ressources naturelles ?
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
Connectez-vous pour partager votre analyse sur cet article. Les contributions sont relues par la rédaction avant publication.
Chargement des commentaires…